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Vieillir et ... aimer !

La sexualité des seniors soulève bon nombre de questions aux aînés eux-mêmes ainsi qu’à leur entourage. C’est pourquoi l’Union Chrétienne des Pensionnés s’est penchée sur ce thème dans une nouvelle brochure.

"Nous sommes, dès notre vie fœtale*, des êtres sexués. Avancer en âge n’y change rien, même si les possibilités de reproduction se modifient et si l’accomplissement de l’acte sexuel pose des problèmes d’ordre physique ou psychologique. Depuis la nuit des temps, l’humanité oscille entre le désir/plaisir, qui existe à tous les âges, et la vie affective, davantage proche des sentiments et la tendresse." Cette phrase de Charlotte Memin dans Comprendre la personne âgée nous place d’emblée dans la problématique : nous sommes des êtres sexués jusqu’au bout de notre vie. Il est vrai que l’augmentation de la longévité et surtout de la vitalité modifient considérablement la vie des plus de 50 ans à notre époque. Contrairement aux idées reçues, le désir et la satisfaction sexuelle sont importants pour de nombreux seniors. Comme le dit à juste titre Charlotte Memin, qui fait elle-même partie des aînés, nous oscillons entre désir/plaisir et la tendresse, consciemment ou non, et ce à tous les âges.

A 50 ans passé, avoir des désirs fait-il de vous une " vieille obsédée ", " un vieux vicieux " ? Le corps marqué par l’âge doit-il mettre définitivement au placard la joie d’être caressé ? Est-il interdit de vivre un nouvel amour parce qu’on a plus de 75 ans ? Entre les on-dit, l’éducation reçue et les messages véhiculés par les médias comment les seniors peuvent-ils concevoir, améliorer ou retrouver leur sexualité ? Pour tenter de répondre à ces diverses interrogations, nous avons fait notamment appel à des seniors pour qu’ils nous expliquent leur point de vue. Leurs témoignages sont présents dans la nouvelle brochure de l’UCP intitulée "Vieillir et aimer". Aux personnes qui s’estiment mal informées au sujet de la sexualité des seniors, notre but est d’apporter une information claire.

Le Dr Moens, cheville ouvrière de la nouvelle brochure, nous rappelle qu’en tout premier lieu il faut connaître le corps de l’autre et le sien, et ensuite savoir comment le vieillissement affecte l’homme et la femme au plan physique et psychique.

En effet, chez la femme, la ménopause est une période délicate car les bouleversements hormonaux ont de nombreuses répercussions qui peuvent littéralement empoisonner l’existence. Si on connaît les désagréables bouffées de chaleur et l’ostéoporose, il faut aussi parler des maux de tête, des difficultés intellectuelles, des troubles de l’humeur et parfois même une tendance à la dépression. Il arrive fréquemment que divers problèmes urinaires viennent gêner le quotidien des femmes. La diminution des sécrétions hormonales touche également de façon négative la vulve, le vagin et peut entraver le bon déroulement des relations intimes. L’emploi d’un lubrifiant (par exemple le Sensilube) délivré en pharmacie sans ordonnance peut pallier à certaines situations. Quant aux problèmes urinaires, il est aussi possible de suivre un traitement. Mais de façon générale, un traitement hormonal bien dosé peut rétablir un bon état physique et psychique, et ce, pendant autant d’années que l’on souhaite. La ménopause ne devrait donc plus signifier le début de la vieillesse, d’autant qu’une vie saine (alimentation équilibrée, exercices physiques appropriés) est un formidable atout pour se sentir bien dans sa peau.

L’homme de son côté peut être concerné par l’andropause qui n’est pas un moment précis comme chez la femme. Ce phénomène se manifeste par une diminution très progressive et lente des capacités sexuelles. La production de testostérone s’affaiblit après 40 ans mais également en l’absence de rapports sexuels. Les érections matinales et nocturnes ainsi que le désir sexuel diminuent aussi avec la baisse de cette hormone. Alors se profile la peur de la "panne". Sachez que les pannes sexuelles occasionnelles ne sont pas rares, on estime que plus de 600.000 hommes sont concernés en Belgique. La consultation d’un médecin se justifie dès que cette situation persiste. Une mise au point physique permettra rapidement d’éliminer les causes non psychologiques. La présence d’érections nocturnes pendant la phase de sommeil paradoxal (voir la brochure consacrée au sommeil) est un signe qui permet d’exclure la présence d’une affection neurologique ou vasculaire. Un entretien avec un psychothérapeute ou un sexologue peut aider à surmonter la crainte de l’échec et aidera l’homme à retrouver la confiance en soi. En effet, la crainte de ne "pas être à la hauteur" suffit à empêcher l’érection. La diminution du désir elle-même engendre de l’impuissance. Les raisons de cette diminution du désir sont multiples : fatigue physique, problème de couple, préoccupations familiales, sociales, financières, la maladie, etc. La mise sur le marché du Viagra a permis à l’homme de trouver une occasion de parler au médecin de son impuissance. Ce médicament n’est pas la panacée face aux problèmes d’impuissance. Des incompatibilités existent avec les dérivés nitrés, médicaments actifs dans l’angine de poitrine. Ces contre-indications sont connues : le médecin ne prescrira le Viagra qu’en toute sécurité.

Repères pour une sexualité épanouie

La manière dont le désir s’exprime dans la relation sexuelle diffère notablement d’après le sexe. Cette différence doit être prise en compte si l’on désire comprendre et satisfaire l’autre.

Le désir féminin s’installe lentement, il est induit par un sentiment avant d’être une recherche de sensations physiques agréables. Chez l’homme, au contraire, le désir est une recherche (qui se voudrait rapide) d’un plaisir physique. Le désir de l’homme s’éteint rapidement une fois satisfait. Il est donc utile d’accorder le rythme de chacun, ce qui passe par la connaissance du corps et des zones érogènes pour soi et pour le partenaire. Ces zones correspondent à des parties du corps dont la stimulation est susceptible de provoquer un plaisir intense. Chez la femme ou chez l’homme, les sensations de plaisir et d’excitation sont différentes. En fin de compte, tous les organes des sens participent à la réussite (ou à l’échec) d’un rapprochement sexuel. Les caresses apportent un plaisir sensuel et les couples qui ne se caressent plus se privent de bien des moments de plaisir en commun. Discutent-ils de ce qu’ils ont partagé comme bonheur et comme sensations agréables lors de leurs moments d’intimité ? Ce n’est pas sûr, beaucoup de couples n’en parlent pas et ignorent parfois même tout de la sexualité de l’autre. Cette méconnaissance sera aisément surmontée grâce à l’habitude prise au sein du couple de chercher avant tout à provoquer le plaisir de l’autre. Tout en tenant compte du fait que les zones sensibles aux caresses et les zones érogènes se modifient progressivement au cours du vieillissement. Souvent l’un prodigue à l’autre les formes de caresses qu’il aimerait bien qu’on lui donne. Pourtant, il n’est pas difficile de s’informer mutuellement de ce qui est agréable et de ce qui ne l’est pas. Trouver les mots, le lieu et le moment de ces confidences est incontournable. Le dialogue à propos de la sexualité est important au sein du couple. Le sujet est très souvent tabou même face au médecin. D’ailleurs, le vocabulaire utilisé est parfois également le reflet de la manière dont la relation sexuelle est vécue. Certains parlent de "devoir conjugal" ou même de "corvée conjugale", c’est tout dire ! Les partenaires doivent avoir suffisamment de motivation et de modestie pour accepter les critiques de façon positive et constructive. Il faut oser parler du plaisir qu’on ressent, de celui qu’on voudrait ressentir et de celui qu’on ne ressent plus. Elaborer petit à petit un vocabulaire intime et sensuel sera le meilleur moyen pour faciliter la communication au sein du couple.

Toutefois, dans de nombreux couples, la femme a souvent retenu son rôle passif d’antan. Or, dans les situations délicates, l’amélioration de la relation sexuelle repose sur sa prise en charge par la partenaire. Selon une étude de Waynberg, citée par le Dr Leleu dans son Traité du désir : "A trente-quatre ans, 34% de la réussite sexuelle dépend de la partenaire, à soixante ans, c’est 60% qui en dépend ". Avec les années qui passent, le bon déroulement des relations sexuelles dépend des deux partenaires, connaître mutuellement l’évolution de chacun est nécessaire pour s’épanouir de façon réciproque. Surtout lorsque les problèmes de santé apparaissent. En effet, les maladies peuvent avoir une grande influence sur le désir et éventuellement le reléguer au second plan et ce, indépendamment du conjoint. Jouir d’un bon état de santé psychique et physique (hormonal, vasculaire et nerveux) conditionne, entre autres, une sexualité harmonieuse. Rappelons que tous les gestes de tendresse et toutes les petites attentions sont importantes même lorsqu’on a des difficultés pour vivre physiquement encore la sexualité. La sexualité est un aspect parmi d’autres d’une relation harmonieuse, qu’elle soit absente ne signifie pas qu’on ne sera pas heureux. Que du contraire ! L’ensemble des échanges relationnels peuvent aussi combler les besoins affectifs d’une personne.

Précisons enfin que l’on peut être parfaitement heureux sans la sexualité. L’épanouissement peut être atteint par divers moyens. Certains, en couple ou seul, trouvent leur bonheur en s’investissant très intensément dans leur vie familiale, des projets religieux ou spirituels, du bénévolat social voire également de multiples passe-temps.

Elisabeth Hubert

Brochure : Vieillir et ... aimer !

Cette nouvelle brochure de l’UCP veut aborder en toute clarté la sexualité des seniors. Ce ne sont pas des recettes applicables en toutes circonstances mais plutôt des points de repères. Nous voulons surtout apporter une information claire en ce qui concerne l’anatomie de l’homme et de la femme, comment le vieillissement touche le corps du partenaire, la ménopause, l’andropause. Ensuite nous donnons quelques éléments pour une sexualité épanouie (le désir, les zones érogènes, les caresses). Un chapitre est consacré aux maladies ainsi qu’aux traitements qui peuvent pallier les défaillances sexuelles. Un forum aux questions est l’occasion d’aborder des points plus spécifiques. Enfin le lexique apporte d’ultimes précisions.

Ce document coûte 2,60 EUR (105F port compris). Vous pouvez vous le procurer :

- soit en versant la somme au compte 799-5500203-14 de l’UCP avec la mention 003

- soit en vous adressant au secrétariat de votre régionale UCP à la même adresse que votre Mutualité.

Publié le dimanche 9 janvier 2005 par UCP

UCP, mouvement social des aînés