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MOSQUITO : le répulsif anti-jeunes qui ne laisse pas indifférent le citoyen

Une polémique est née début 2008 face à la diffusion en Belgique d’un nouveau système pour réagir aux « incivilités des jeunes » : le Mosquito. Ce dispositif pose de sérieux problèmes sanitaires et éthiques notamment en ciblant toute une classe d’âge. Droits des jeunes, respect de la vie privée, santé publique … les enjeux sont multiples sans compter que cela ne fait que déplacer le problème en chassant les jeunes de certains lieux où ils sont jugés indésirables. Ceux-ci iront là où aucun Mosquito ne leur casse les oreilles mais peut-être au grand dam d’autres personnes …

Quel est le but de cet appareil ?
Le Mosquito, commercialisé sous le nom de ‘Beethoven’ en France, est le nom d’un dispositif sécuritaire qui émet des sons très aigus (des signaux acoustiques de haute fréquence) dans la plage 17,5 à 18,5 hertz, en principe seulement audibles par des personnes âgées de moins de 25 ans environ. Suite à la perte relative de leur capacité auditive, les adultes, eux, ne perçoivent plus ce « sifflement » suraigu. L’appareil se présente sous la forme d’un haut-parleur (protégé par un grillage !) placé à l’entrée d’un immeuble ou sur la devanture d’un magasin. Le bruit n’est semble-t-il pas douloureux mais devient insupportable après une exposition de quelques minutes pour les jeunes oreilles, ce qui en fait un outil d’exclusion particulièrement pervers, estime Marc Tarabella, ministre de la Jeunesse de la Communauté française. L’appareil permet donc de cibler et de faire fuir une classe d’âge dans son ensemble, sans distinguer les vandales – cible officielle de l’engin – des autres.

Polémiques
Selon Le Vif /L’Express du 9 mai 08, le dispositif s’est vendu depuis sa création en 2005 à des milliers d’exemplaires au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse. L’Amérique du Nord et l’Asie ne sont pas en reste. Cette diffusion rapide est le signe que l’industrie de la sécurité est un marché en pleine expansion. Néanmoins l’appareil suscite des réactions variables selon les pays. En effet, il est bien intégré en Angleterre où les principaux clients de la société sont la police et les autorités locales, en plus des chaînes de fast-food, des banques, des théâtres ... Près de 4.000 boîtiers ont été vendus au Royaume-Uni. Malgré les protestations des défenseurs des droits de l’homme, le gouvernement britannique a tranché en faveur de l’invention en février 2008. En Suisse, en 2007, les autorités genevoises ont été fermes en interdisant avec effet immédiat « la pose d’appareils ’Mosquitos’ et de tous types d’appareils à ondes répulsives à l’égard des êtres humains » et en exigeant l’enlèvement de ceux qui seraient présents sur le territoire cantonal. De même, la France y est actuellement fermement opposée, notamment la ministre de la Santé française, Roselyne Bachelot, qui préconise "l’interdiction pure et simple" du Mosquito. Les arguments mis en avant portaient à la fois sur la santé et le refus de mettre les jeunes au ban de la société.
Chez nous, des élus se sont indignés : « Le Mosquito rejoint les traitements inhumains pour lesquels notre code pénal prévoit des sanctions. Et il constitue une atteinte aux droits et libertés constitutionnelles, a déclaré le député CD&V Jef Van den Bergh. Le 24 avril 2008 le conseil communal d’Ixelles a été le premier à avoir voté l’interdiction du Mosquito. Depuis, les réactions du monde politique se font plus nombreuses. Le 29 avril, la Fédération des Etudiants libéraux (Belgique) a émis une proposition de Résolution visant l’interdiction de la commercialisation, de l’installation, de l’utilisation au sein de l’espace européen d’appareils de type « Mosquito ». Par la suite, la députée Kattrin Jadin, députée fédérale germanophone, déposera cette proposition à la Chambre invitant le gouvernement à interdire la commercialisation et l’installation de ces « répulsifs ».

Quel rôle pour l’Europe ?
Le 31 mars, le ministre, Marc Tarabella, a mobilisé les autorités belges pour activer la procédure européenne « Rapex » . Celle-ci permet à un Etat membre d’interpeller la Commission européenne lorsqu’il y a des doutes sur la sécurité d’un produit. Cependant, le 2 avril, la Commission européenne a fait savoir qu’il n’était pas de son ressort de faire interdire le Mosquito. « C’est plutôt aux Etats membres qui le souhaitent d’adopter pareille mesure », a déclaré Helen Kearns, porte-parole de la commissaire européenne en charge de la Protection des consommateurs. Selon l’exécutif européen, ce mécanisme ne peut être utilisé que pour les seuls produits défectueux en circulation sur le marché européen. Les démarches au niveau de l’Europe ont donc échoué : l’Europe n’interdira pas le Mosquito.

Cet appareil est-il sans risque pour la santé ?
C’est sur ce point que le bât blesse, comme le révèle la plainte d’un adolescent d’Aywaille. Ce jeune attendait le bus tous les jours devant une banque ayant installé un mosquito sur sa façade et a fini par se plaindre de violents maux de tête en rentrant de l’école. Explication : l’appareil était programmé pour fonctionner exclusivement sur le temps de midi et au moment de la sortie des classes du collège voisin. L’agence bancaire a enlevé l’appareil suite à l’intervention du bourgmestre. Au final, l’appareil a eu des conséquences néfastes pour un jeune sans qu’il soit lui-même source de nuisances …
Interrogé en 2007 par la ’Tribune de Genève’, Jean-Philippe Guyot le médecin-chef du service ORL des hôpitaux de Genève a déclaré : « Cette méthode est plus que discutable. Mettre une intensité telle qu’elle ferait mal ne signifie rien d’autre qu’occasionner un dommage physique ». Par ailleurs, il semblerait que 10% des plus de 30 ans entendent ces sons. Ces personnes sont-elles aussi persona non grata ?
Dans son communiqué de mars, la Ministre de la santé, de l’enfance et de l’aide à la jeunesse en Communauté française, Catherine Fonck, qui est par ailleurs médecin, a souligné que ce système peut nuire à tous les jeunes, y compris les jeunes enfants et les bébés ainsi qu’aux femmes enceintes. Les animaux de compagnie y seraient également sensibles. A quand une étude sérieuse sur le sujet ?

Le mosquito est-il une réponse possible aux incivilités ?
Cet appareil a été mis au point pour éloigner les adolescents, jugés indésirables, de certains endroits mais il ne résout en rien les problèmes de délinquance ou de nuisances. Exclure ce qui dérange est une réponse inadéquate puisqu’il ne peut conduire qu’à un phénomène de déplacement : les jeunes visés iront « faire du bruit » ailleurs. Une politique basée sur le long terme, comprenant des mesures de prévention et préconisant une prise en charge adéquate et cohérente des jeunes, sans verser dans le paternalisme, est à privilégier. Il est urgent de relancer le travail de prévention. C’est une question de société à ne pas prendre à la légère.
Comme le font remarquer des réactions sur divers blogs : « les jeunes sont à éduquer, pas à insectiser ! ». Il ne faut pas nier qu’il y ait des problèmes, cependant la solution réside dans le dialogue et non dans un émetteur anti-jeunes.

Atteinte à la dignité humaine
En ciblant une tranche d’âge indépendamment de son comportement, les autorités, les entreprises ou les particuliers qui utilisent le dispositif Mosquito traitent ce groupe comme des êtres nuisibles, comme on traiterait des cafards (contre lesquels existe justement un dispositif similaire). C’est terriblement disqualifiant pour une jeunesse qui dans 98 % des cas ne pose aucun problème. La Ministre Catherine Fonck a tiré une sonnette d’alarme éthique face à un tel procédé : il s’agit d’une atteinte à l’intégrité physique des individus – des jeunes en particulier – qui créerait des clivages inutiles et préjudiciables aux bonnes relations intergénérationnelles au sein de notre société. Son plaidoyer pour une société qui n’a pas peur de sa jeunesse et qui ne traite pas les jeunes comme des « nuisibles » a trouvé un écho dans les rangs de l’UCP qui en tant que mouvement social se positionne contre ce genre d’appareil discriminatoire.

Quelle possibilité d’action pour le citoyen ?
L’ASBL liégeoise "Les Territoires de la Mémoire", via son exposition itinérante Triangle rouge (qui "souligne l’action de tous les résistants à toutes les formes de tentatives liberticides"), a lancé sur son site web une pétition pour faire interdire le système en Belgique et en Europe (http://www.trianglerouge.be/mosquito/signature.php ?lang=fr). Elle a déjà recueilli plus de 7000 signatures.
L’UCP, mouvement social des aînés invite chaque citoyen à signer la pétition "Les jeunes ne sont ni des parasites ni des nuisibles". Il est important que chacun se fasse le relais de cette action et n’hésite pas à informer largement son entourage.
Il est important également de sensibiliser les élus communaux notamment si l’on apprend des projets d’installation du dispositif. Certains suivent une voie plus active qui consiste à prendre les devants en poussant leurs autorités communales à interdire le dispositif tout en ouvrant le débat sur les rapports intergénérationnels ainsi que les moyens à mettre en place pour une cohabitation harmonieuse des générations au sein des quartiers. En arrière-fond, les questions liées à la santé restent posées : quels sont les effets de l’appareil sur la santé humaine ? Il est inacceptable que l’intégrité physique des individus soit mise à mal pour des raisons de sécurité. Cela ne peut être un prix à payer.

PS : aux dernières nouvelles, l’inventeur du Mosquito a mis au point un appareil en version « multiâges » visant les SDF, chômeurs et autres inactifs « nuisibles ».

Sources :
www.guidesocial.be ;
www.ladh.be ;
www.swissinfo.ch ;
La Libre Belgique, Le Soir , Le Vif L’Express ;
www.nouvo.ch ;
www.trianglerouge.be/mosquito/signature ;
http://www.lejdd.fr/cmc//societe/200815/bourreau-d-ados-_108546.html

Publié le dimanche 27 janvier 2008 par UCP

UCP, mouvement social des aînés