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Quelle culture pour les aînés ?

Introduction

Le samedi 12 avril 2008, l’UCP, mouvement social des aînés organisait à l’intention de ses cadres une journée dédicacée à la culture au Théâtre National de Belgique. A cette occasion, l’UCP entendait rencontrer la Ministre de la Culture et de l’Audiovisuel du Gouvernement de la Communauté française de Belgique, Fadila Laanan mais aussi et surtout lancer un plan d’action culturel.
Afin de mieux répondre aux besoins des aînés en la matière, l’UCP a décidé de sonder les plus de 50 ans. Au moyen de questionnaires distribués au sein du mouvement et dans certains centres culturels, nous avons voulu analyser les activités culturelles des aînés (que ce soit à leur domicile ou à l’extérieur) et tenter de dégager quelques obstacles d’accès à la culture.
Dans cette étude, nous présenterons bien évidemment les données statistiques issues de notre questionnaire mais nous intégrerons des statistiques d’autres enquêtes. Ainsi, l’enquête « Pratiques et consommation culturelle en Communauté française » pilotée par l’Observatoire des politiques culturelles nous permettra de comparer le public « aînés » sur certains thèmes à l’ensemble de la Communauté française ou à d’autres public (jeunes, travailleurs, etc.). Ces points de comparaison permettront de dégager ou non les spécificités des aînés en matière de culture.
De multiples questions ont été posées aux aînés dans cette étude. Que font les aînés de leur temps libre à domicile ? Qui les informe des activités culturelles régionales ? Les aînés fréquentent-ils les centres culturels ? Quels sont les obstacles dans l’accès à la culture ? Quelle est leur conception de la culture ?
Nous présenterons tout d’abord quelques éléments théoriques sur le concept de culture (définition de la culture, composants de la culture, etc.). Une fois la méthodologie explicitée, nous donnerons le profil des répondants de notre étude. Puis, nous entrerons dans l’analyse des pratiques ou activités culturelles des aînés en commençant par dresser le tableau de ces pratiques à domicile. Nous enchaînerons ce travail d’analyse par d’une part, les activités culturelles des aînés dans leur environnement proche et d’autre part, leur fréquentation dans les centres culturels. Après, nous aborderons les préférences globales des aînés en matière d’activités culturelles. Ensuite, nous nous concentrerons sur l’accès à la culture avant de livrer les différentes représentations que les aînés peuvent avoir de la culture. Enfin, nous terminerons d’une part, par les pistes de réflexion et les actions menées au sein de notre mouvement et d’autre part, par les propositions institutionnelles et politiques.

1. Un peu de théorie sur la notion de culture

Avant d’en arriver à l’analyse des pratiques et activités culturelles des aînés, il nous paraît indispensable de définir la culture, de déterminer ses composants mais aussi de présenter les différents modes de transmissions de la culture. Nous terminerons ce point théorique par la proposition d’une typologie.

Une pluralité de définitions de la culture

Avant tout, le terme « culture » recouvre différentes significations et il est impossible de se limiter à une seule définition. En effet, le contenu de cette définition varie sensiblement selon la discipline scientifique (sociologie, anthropologie, etc.). Ce sont néanmoins les sciences sociales qui proposent les définitions les plus pertinentes dans le cadre de notre étude.

L’ouvrage Culture : a critical review of concepts and definitions témoigne de la difficulté de définir le terme culture et de la multiplicité de ses définitions. En effet, en 1952, Alfred Kroeber (anthropologue américain) et Clyde Kluckhohn ont listé plus de 200 définitions différentes du mot culture dans ce livre.
Nous pouvons, toutefois, proposer une série de définitions éclairant notre objet d’étude. Tout d’abord, la définition que donne l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) de la culture paraît incontournable. « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. » Une autre définition, plus précisément une définition anthropologique de la culture, consiste à voir celle-ci comme « tout ce qui, dans les sociétés humaines, se distingue de la Nature : ceci comprend tout ce qui n’est pas inné, mais acquis, et qui est susceptible de se transformer (structures sociales, culturelles, etc.) ». Bref, la culture est ici ce qui succède à la Nature.

Selon le sociologue québécois Guy Rocher, la culture correspond à « un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte » .

A l’occasion de son intervention au sein de notre association , Clémentine M. Faïk-Nzujl, professeur à l’Université catholique de Louvain a présenté un autre type de définition. « Le concept de culture évoque deux réalités. L’une, intellectuelle, réfère, entre autres à l’instruction, à l’érudition, au raffinement de l’esprit et à l’esthétique... Cette forme de culture se diffuse et se révèle à travers des manifestations et des faits culturels tels que le théâtre, la littérature, le cinéma, la musique classique ou sacrée, la peinture, les musées, les expositions... C’est la culture de l’esprit, qui élève l’âme et raffine les sentiments. Une personne qui la possède est dite « cultivée ». L’autre désigne l’ensemble des habitudes, attitudes et comportements acquis par un individu tout au cours de sa vie en tant que membre d’un groupe humain. Elle constitue la somme des réponses trouvées par ce groupe pour gérer ses problèmes collectifs et les problèmes individuels d’ordre humain, social et spirituel. »

Ces différentes définitions de la culture ne se contredisent pas ; au contraire, elles se complètent et reflètent la complexité de notre sujet d’étude.

Les composants de la culture

Les sciences sociales distinguent généralement différents composants de la culture, à savoir :
- les valeurs : les systèmes de valeurs comprennent les idées qui semblent importantes dans la vie. Elles guident les croyances qui composent en partie la culture. La valeur sociale est un concept de sociologie décrivant les croyances, les convictions d’un individu ou d’une société.
- les normes : elles correspondent aux attentes sur la manière, la façon dont les personnes doivent se comporter dans diverses situations. Les normes qu’une société impose formellement ont le statut de lois. Ainsi, les sociologues distinguent généralement d’une part, les normes formelles (ex. : les lois) et d’autre part, les normes informelles (ex. : manière de peindre. Un peintre n’utilise pas la même technique avec de l’aquarelle et de la peinture à l’huile).
- les institutions : ce sont les structures de la société dans lesquelles les valeurs et les normes sont transmises. A titre d’exemple, en matière d’art, les académies peuvent être considérées comme les institutions par lesquelles sont véhiculées les normes et valeurs artistiques.
- Les artefacts : il s’agit des choses ou aspects de la culture matérielle - décrivant des valeurs et des normes d’une culture (ex. : une peinture).

Les modes de transmission de la culture

Les sciences sociales distinguent différents modes de transmission de la culture dont les principaux sont :

- la socialisation. Il s’agit d’un processus d’apprentissage qui permet à un individu d’intégrer les normes, valeurs, etc. de la société dans laquelle il vit. Elle résulte d’une part d’une contrainte imposée par certains agents sociaux et d’autre part, d’une interaction entre l’individu et son environnement. De ce processus dépend l’intégration d’un individu dans la société.

- l’éducation. Elle est aussi reconnue comme un mode de transmission de la culture. Par l’apprentissage et le développement des facultés physiques, psychiques et intellectuelles, certaines valeurs, normes, etc. sont véhiculées et transmises. Il s’agit de transmettre un ensemble de connaissances (savoir et savoir-faire) qui sont bien évidemment propres à une culture donnée.

Il existe également ce que nous appelons l’acculturation. Nous retiendrons la définition du Memorandum du Social Science Research Council : « L’ensemble des phénomènes résultant du contact direct et continu entre des groupes d’individus de cultures différentes avec des changements subséquents dans les types de culture originaux de l’un ou des autres groupes. » Ainsi, les cultures se mêlent et s’influencent mutuellement pour permettre à chacune d’évoluer.

Une forme plus extrême de l’acculturation est l’assimilation culturelle. Il s’agit d’un processus au cours duquel un groupe d’individus abandonne, délaisse complètement sa culture d’origine pour adopter les valeurs, normes, coutumes, etc. d’un autre groupe d’individus.
En anthropologie, la transculturation désigne le processus par lequel une communauté emprunte certains traits à la culture majoritaire pour se les approprier et les remodeler à son propre usage.

Les activités culturelles : proposition de typologie

La notion d’activité culturelle sera considérée dans un sens volontairement large dans cette étude : activité de consommation, de production, loisirs casaniers, pratique culturelle, etc. Nous prolongeons donc ici la tradition sociologique et anthropologique qui considère la culture de manière englobante (intégrant la culture « cultivée » comme expliquée plus haut et l’ensemble des activités du temps libre).

Toutefois, nous pouvons peaufiner, préciser le type d’activités culturelles en distinguant différents caractères spécifiques aux activités :
- consommation culturelle (ex. : visite d’un musée) / production culturelle (ex. : suivre un cours de théâtre et monter une pièce)
- activité culturelle individuelle (ex. : lire) / activité culturelle collective ou du moins partagée (ex. : assister à un spectacle)

Voici un schéma représentant les différents caractères qu’une activité culturelle peut revêtir :

Activités culturelles Consommation culturelle Individuel
Partagé-collectif
Production-pratique culturelle Individuel
Partagé-collectif

2. Méthodologie

Afin de mieux répondre aux besoins des aînés en matière de culture et de leur faciliter l’accès à celle-ci, l’UCP a mené une étude quantitative auprès des plus de 50 ans. Il s’agissait d’étudier les pratiques culturelles des aînés à domicile, dans leur environnement proche et dans les centres culturels. Par ailleurs, nous souhaitions relever les obstacles d’accès à la culture (obstacles plus spécifiques aux aînés) et appréhender leur définition, plus précisément leur représentation de la culture.

Pour ce faire, nous avons mené une étude quantitative sur base de questionnaires distribués au sein de notre mouvement et dans certains centres culturels. Près de 1140 questionnaires ont été récoltés et traités. L’enquête quantitative a comme avantage d’obtenir des résultats objectifs, des statistiques représentatives de la population étudiée (en l’occurrence les plus de 50 ans) et généralisables à celle-ci. Néanmoins, cette méthodologie ne nous renseigne pas sur le sens de ces pratiques culturelles. Si le questionnaire est bien évidemment principalement composé de questions fermées, nous y avons aussi introduit quelques questions ouvertes afin d’appréhender notamment le sens que les aînés donnent au concept « culture ».

3. Profil des répondants

Les répondants sont âgés en moyenne de 70 ans. Nous avons distingué différentes catégories d’âge au sein de notre échantillon d’aînés. Seulement 9% des aînés sondés ont entre 50 et 59 ans. La grande majorité des répondants (à savoir 77%) sont âgés de 60 ans à 79 ans (plus précisément 40% se situent dans la tranche 60-69 ans contre 38% dans la tranche 70-79 ans). Les plus de 80 ans représentent 12% de notre échantillon.

Précisons d’emblée que 88% des répondants sont des membres de l’UCP, mouvement social des aînés. Cette donnée est importante à signaler car bon nombre d’entre eux participent à des activités culturelles via le mouvement. Et pour ceux-ci, le mouvement UCP peut jouer un rôle-clé dans leur participation à la vie culturelle.

En outre, près de 53% des sondés sont par ailleurs engagés dans d’autres associations (ex : Altéo, Vie féminine, Université du temps disponible, etc.). Nous avons ainsi affaire à des aînés impliqués dans diverses associations, milieux, etc. Nous pouvons faire l’hypothèse que ces aînés engagés disposent davantage de moyens d’accéder à la culture via notamment ces diverses associations.

Près de 68% de notre échantillon est composé de femmes. Nous pouvons notamment expliquer cette surreprésentation des femmes par le fait que celles-ci sont nettement plus nombreuses au sein du mouvement UCP. De plus, une étude française a montré que « l’intérêt des femmes (en matière de culture) est aujourd’hui supérieur à celui des hommes : elles sont plus nombreuses à privilégier les contenus culturels à la télévision ou dans la presse, lisent plus de livres, (…) ont une fréquentation des équipements culturels à la fois plus diversifiée et plus assidue et font preuve dans l’ensemble d’un engagement supérieur dans les activités artistiques amateurs. »

Presque tous les aînés sondés (98%) vivent à leur domicile. Cette étude ne porte donc pas sur les aînés résidant en maison de repos et maison de repos et soins. Certes, si nous pouvons imaginer qu’une partie des répondants éprouvent des difficultés à se déplacer ou ont une mobilité réduite (faisant appel à des services et soins à domicile), il ne s’agit certainement pas du public majoritairement sondé. Notons par ailleurs qu’environ 52% des répondants disent vivre en milieu rural.

Concernant la situation familiale de ces aînés, 51% vivent en couple sans enfants contre 11% en couple avec enfants. 31% vivent seuls sans enfants (contre près de 5% vivant seuls avec enfants). Ces aînés vivant seuls sont davantage susceptibles de souffrir d’isolement. Nous tenons ici à souligner la nécessité de porter une attention particulière à ce public. En effet, la culture peut s’avérer être, pour celui-ci, un lien indispensable à la société.

De plus, la majorité des aînés (près de 53%) ont comme niveau de diplôme le secondaire inférieur et/ou supérieur. Presque 34% ont un diplôme supérieur ou universitaire. Plus précisément, 27,5% ont un diplôme supérieur non-universitaire et 6 % un diplôme universitaire.

Enfin, 81% des aînés sondés sont à la pension ou à la prépension. L’enquête s’adressant aux plus de 50 ans, cette donnée n’est guère surprenante. Seulement 5% des plus de 50 ans sondés sont encore au travail et 7% sont hommes/femmes au foyer. 3,5% des répondants sont en incapacité de travail et 2% sont au chômage.

4. La culture à domicile : les médias, les activités culturelles, …

Nous avons souhaité étudier et décortiquer les activités culturelles que les aînés peuvent avoir à leur domicile mais également dégager les principaux médias consultés à domicile. Nous avons abordé les médias sous deux angles : les médias comme accès à divers contenus culturels et les médias comme moyen d’information de l’offre culturelle.

Les médias consultés à domicile

Parmi les médias consultés à domicile, la télévision l’emporte avec 57%... Viennent ensuite « écouter la radio » (46,4%) et « lire la presse écrite » (46%). Notons tout de même que 17,7% des aînés sondés consultent fréquemment Internet. Ainsi, la télévision occupe une place importante dans les « activités » des aînés à leur domicile. Une étude de la Communauté française sur les pratiques et consommation culturelles confirme cette idée. « Ce sont surtout les 55 ans et plus qui sont les téléspectateurs quotidiens les plus nombreux (77%) en comparaison des 55% de la tranche des 16-24 ans. » Par ailleurs, selon cette même étude de la Communauté française, en 2007, 60% des répondants ont écouté la radio tous les jours ou presque et la tranche d’âge la plus concernée est celle des 45-65 ans (68%). En outre, les aînés favoriseraient les contenus culturels à la radio puisque, comparativement aux moins de 34 ans qui aiment surtout écouter les émissions de variété, les 45-54 ans et les plus de 65 ans privilégient les émissions d’information.

La télévision : un moyen d’accès à divers contenus culturels

Les aînés apprécient regarder la télévision mais que regardent-ils ? C’est le journal télévisé que les aînés (avec 79% des aînés sondés) regardent le plus volontiers. Ainsi, les aînés se tiennent informés de l’actualité. Nous verrons ultérieurement, dans l’analyse des représentations de la culture, qu’il est primordial pour les aînés d’être au courant de ce qui se passe chez nous et ailleurs. Cette information leur permet notamment de rester « dans le coup » et donc de rester intégrés dans la société actuelle. Si le JT est hautement plébiscité, 60,2% des répondants affirment suivre régulièrement des documentaires sur la nature, les sciences, l’histoire, etc.… Nous pouvons facilement imaginer que ces documentaires leur donnent un accès à une certaine culture sans devoir se déplacer. Ils constituent un moyen d’élargir leurs connaissances et de se tenir au courant des problèmes sociaux, environnementaux, économiques… D’une manière générale, les aînés semblent donc privilégier avant tout les contenus culturels à la télévision.

Après le JT et les documentaires, viennent les films (45%) et les débats (41,3%). Moins regardés, les jeux et émissions de variété (35,4%), les concerts, le théâtre, les spectacles de danse et opéras (26,7%), les séries et feuilletons (24,5%) et enfin le sport ou reportage sportif (20,3%) restent tout de même non négligeables.

Nous pouvons comparer notre public à celui de l’ensemble de la Communauté française et relever quelques différences intéressantes. Les francophones préfèrent regarder les films (68%), le journal télévisé et les actualités (56%) et les séries en général. Ainsi, le rapport est inversé par rapport à notre public qui regarde avant tout le JT et les documentaires. L’étude de la Communauté française poursuit en expliquant que « l’âge du téléspectateur influence fortement le choix de l’émission, puisque, comme en 1985, l’intérêt pour les actualités croît avec l’âge et culmine avec les plus de 45 ans (68%) si on les compare aux 33% de 16-24 ans. »

Une enquête européenne sur les valeurs culturelles nous enseigne que 78% des répondants européens ont, au moins une fois au cours des 12 mois qui précédaient l’enquête, regardé un programme culturel à la télévision ou écouté une émission culturelle à la radio.

Les canaux d’information et de promotion des activités culturelles

Notre enquête posait également les questions suivantes. Comment les aînés s’informent-ils des activités culturelles à domicile ? Quel canal, média les informe en priorité de ce type d’activités ? Si les aînés sont plus nombreux à déclarer regarder plus fréquemment la télévision que lire la presse, c’est pourtant cette presse écrite (qu’elle soit quotidienne, hebdomadaire, mensuelle, etc.) qui leur paraît être le canal essentiel de promotion des activités culturelles. En effet, 68% des aînés affirment être tenus au courant de ce type d’activités par ce média. Le deuxième média (avec 47%) informant les aînés des activités culturelles est la télévision…Toutefois, le bouche-à-oreille et la radio jouent également un rôle important puisque 40% des sondés se disent informés par ce biais. Enfin, 15% citent Internet comme source essentielle d’information et de promotion d’activités culturelles.

L’étude de la Communauté française vient confirmer notre analyse sur le canal principal d’information et de promotion des activités culturelles (à savoir la presse écrite). « Alors qu’en 1985, le moyen d’information privilégié était la presse quotidienne (45%), c’est aujourd’hui la presse gratuite (64%) qui est la plus utilisée pour s’informer, suivie des affiches (29%), des amis et des connaissances (26%), des tracts et prospectus (25%), et enfin de la presse quotidienne et ses pages culturelles. » La télévision et la radio n’obtiennent par contre chacune que 10% ou moins.

Cette même étude nous permet par ailleurs de dégager une spécificité des aînés en matière d’information des activités culturelles. « A la question de savoir si les personnes sont habituellement au courant de l’agenda culturel de leur lieu d’habitat, la moitié des personnes interrogées répondent positivement. (…) la connaissance de l’agenda culturel local s’accroît avec l’âge, partant d’une faible connaissance pour les 16-24 (38%) pour cumuler dans la tranche des 55-64 ans (59%). » Ainsi, les aînés constituent le public le mieux informé des activités culturelles locales.

L’ensemble des activités culturelles à domicile

Parmi une large palette d’activités culturelles pratiquées à domicile , ce sont sans grand étonnement les activités « regarder la télévision » (avec 86,5%) et « lire » (avec 76,3%) qui sont les activités les plus « fréquentes » à domicile. Les aînés lisent principalement la presse (quotidien) (49,2%) et des livres (46,6%). Seulement 4,4% affirment lire des bandes dessinées. Ajoutons que selon l’enquête Eurobaromètre, 71% des répondants attestent avoir lu au moins un livre durant les 12 mois précédant l’enquête. Ainsi, les aînés sont et restent de bons lecteurs comme le prouve l’étude menée par l’Observatoire des politiques culturelles de la Communauté française.

En effet, cette étude note qu’en 20 ans, la pratique de la lecture a significativement diminué en Communauté française. Le nombre de lecteurs serait passé de 78% à 66%. Bien évidemment, l’essor d’Internet jouerait un rôle dans ce phénomène. Avec 76,5% de lecteurs parmi les aînés de l’enquête, ce phénomène ne semble guère toucher les aînés ou du moins dans une proportion moindre que pour celle de l’ensemble de la population francophone de Belgique. D’ailleurs, l’étude de la Communauté française note que « selon des fréquences qui varient de tous les jours à quelques fois par an, 61% des francophones déclarent lire un ou plusieurs quotidiens (…) la lecture d’un quotidien est plus le fait des hommes (67%) que des femmes (56%) et se marque dans un rapport croissant avec l’âge : plus on avance en âge et plus on lit » . Outre la presse quotidienne, les aînés lisent beaucoup de livres. Ils en seraient d’ailleurs les plus grands consommateurs. « Alors qu’en 1985, le plus haut taux de lecture se situait entre 25 et 45 ans, en 2007, le nombre moyen de livres (7,1 par an) est inférieur à la moyenne avant 45 ans (entre 5 et 6 livres par an) pour s’accroître progressivement par la suite et atteindre une moyenne de 8,8 livres par an pour les 65 ans et plus. »

De plus, après la télévision et la lecture, ils sont un peu plus de 50% à écouter régulièrement de la musique à leur domicile. Si les aînés sont nombreux à écouter de la musique à leur domicile, l’étude de la Communauté française révèle que les plus de 65 ans sont les moins bien équipés en chaîne-hifi mais aussi que comparativement à l’ensemble de la population, les aînés composent le public qui écoute le moins régulièrement de la musique.

Viennent ensuite avec 43% les activités « jardiner » et « jouer (cartes, mots croisés, etc.) ». En outre, 30,5% consultent souvent Internet, ce qui n’est pas négligeable. Une plus faible proportion a choisi comme activité la plus fréquente à domicile « tricoter, broder, etc. » (16,4%), « écrire » (15,2%), « chanter » (14,2%), « dessiner, peindre, sculpter, etc. » (9,2%), « danser » (6%), « collectionner » (5,6%) et « jouer d’un instrument de musique » (4,7%). Les répondants avaient la possibilité de noter d’autres activités que celles proposées dans le questionnaire. Ainsi, nous avons relevé que les activités de modélisme, la cuisine, l’apprentissage des langues et la pratique sportive étaient assez souvent citées.

Activités les plus pratiquées à domicile

Regarder la télévision 86,5%
Lire (la presse, un livre, une bande dessinée) 76,3%
Ecouter de la musique 51%
Jardiner 43%
Jouer (carte, mots croisés, etc.) 43%
Consulter Internet 30,5%
Tricoter, broder, etc. 16,4%
Ecrire 15,2%
Chanter 14,2%
Dessiner, peindre, sculpter, etc. 9,2%
Danser 6%
Collectionner 5,6%
Jouer d’un instrument de musique 4,7%

Notons que si dans notre étude, nous avons pris comme critère de distinction le lieu de l’activité culturelle (le domicile, l’environnement proche et les centres culturels), dans l’Eurobaromètre, la distinction s’opère entre les activités culturelles en général et les activités artistiques. Néanmoins, nous pouvons ici comparer quelques données sur les aînés à l’ensemble des européens et dégager certaines similitudes. Nous constatons que dans cette étude européenne, ce sont également « regarder ou écouter un programme culturel » (télévision et radio) et « lire un livre » qui constituent les deux activités les plus fréquentes.

Taux de participation annuelle à des activités culturelles en général

Regarder/écouter un programme culturel 78%
Lire un livre 71%
Visiter un monument historique 54%
Aller au cinéma 51%
Assister à un évènement sportif 41%
Visiter un musée, une galerie 41%
Aller à un concert 37%
Fréquenter une bibliothèque publique 35%
Aller au théâtre 32%
Assister à un ballet/danse/opéra 18%

Repris dans la rubrique des activités artistiques, « les travaux manuels, la décoration et le jardinage » occupent la première place avec un taux de participation annuelle de 36%. Rappelons que 43% des aînés sondés dans notre enquête affirment que le jardinage constitue une des activités les plus pratiquées à domicile. Ainsi, comparativement à l’ensemble des européens, les aînés jardinent davantage. Par contre, ils seraient par exemple moins nombreux à danser et à jouer d’un instrument de musique.

Taux de participation annuelle à diverses activités artistiques

Fait des travaux manuels, de la décoration ou du jardinage 36%
Fait de la photo, réalisé un film 27%
Dansé 19%
Pratiqué d’autres activités artistiques telles que la sculpture, la peinture, le dessin, etc. 16%
Chanté 15%
Ecrit (texte, poème, etc.) 12%
Joué d’un instrument de musique 10%

5. La culture dans l’environnement proche des aînés

A présent, l’analyse va s’attacher aux activités culturelles que les aînés peuvent avoir en dehors de leur domicile mais dans un environnement proche (commune, région). Nous présenterons, par ailleurs, les principaux acteurs d’information et de promotion des activités culturelles et régionales. Nous terminerons ce point par la fréquentation des aînés dans les bibliothèques, médiathèques et ludothèques.

Les activités culturelles dans l’environnement proche des aînés

Quelles sont les activités culturelles auxquelles les aînés assistent hors de leur domicile mais dans un environnement proche (entité communale) ? Ce sont les fêtes locales (33%), les conférences (33%), les expositions (32%), les concerts/chorales (31%) et le théâtre (28%) qui remportent le plus de succès auprès des aînés dans leur environnement proche. Suivent les ateliers créatifs (scrapbooking, photographie, broderie, peinture, etc) (17, 3%), les musées (13,5%), le cinéma/ciné-club (12,8%) et enfin les spectacles de danse (6%). L’étude de l’Observatoire des politiques culturelles du ministère de la Communauté française réalisée en 2007 montre que 55% de la population étudiée a participé à des fêtes populaires . Ainsi, l’intérêt pour ce type de fêtes ne serait pas spécifique aux aînés.

Si la plupart des aînés « consomment » énormément d’activités culturelles, nous allons voir qu’ils sont nettement moins nombreux à pratiquer activement des activités culturelles et donc à se situer dans le cadre de la production culturelle. En effet, nous voulions savoir si les aînés prenaient des cours ou stage de musique, de théâtre, de dessin, de danse, etc. L’enquête montre que 10% des répondants suivent des cours d’informatique ou d’Internet. Notons d’emblée que cette donnée est biaisée par le fait que les membres UCP sont nombreux à suivre des cours d’informatique. Il est très probable que cette statistique serait nettement moins importante pour un autre échantillon d’aînés.

En outre, 7,5% des aînés prennent des cours ou stage de langues. Notons que l’enquête de la Communauté française sur les pratiques culturelles révèle que « participer à un club de langues est une pratique qui concerne 6% de l’échantillon. » Les aînés qui ont répondu à notre enquête se situent donc ici au-dessus de la moyenne de la Communauté française. Précisons que ces cours de langues sont également proposés par notre mouvement, l’UCP. Ainsi, nous pouvons donc supposer que l’UCP a une incidence positive quant à la participation des aînés à des cours de langues.

De plus, 6,5% suivent des cours ou des stages de chant et 6 % suivent des cours ou stage de peinture, dessin, sculpture, … Les cours de musique, de théâtre, d’écriture, de danse, de cuisine, etc. comptent chacun moins de 5%.

Nous pouvons déjà noter à ce stade que les aînés se situent davantage dans la consommation culturelle que dans la production culturelle. Cette caractéristique n’est pas propre aux aînés mais est révélatrice de la société dans laquelle nous vivons, une société de consommation.

Les acteurs d’information et de promotion des activités culturelles locales ou régionales

Maintenant que nous avons appréhendé les activités et pratiques culturelles des aînés dans leur environnement proche, nous pouvons analyser les acteurs d’information et de promotion de ce type d’activités. Les aînés sondés sont avant tout informés de ces activités (dans leur environnement proche) par la commune (36%) et ensuite par les associations (27%). Notons une fois de plus qu’un biais est introduit par la surreprésentation des membres UCP dans notre échantillon. En effet, les membres UCP reçoivent une revue d’information reprenant notamment les diverses activités culturelles de leur région, activités organisées par l’UCP. Ainsi, si nous prenons en considération ce biais, le centre culturel apparaît comme un canal d’information primordial de ce type d’activité (21%). Par contre, la Province, selon les aînés sondés, ne semble pas être un intervenant privilégié dans l’information de la vie culturelle (3,7%).

Fréquentation des bibliothèques, médiathèques et ludothèques par les aînés

Un peu plus d’un aîné sur quatre (27%) est inscrit dans une bibliothèque et y loue entre un et quatre livres par mois. Ce n’est pas étonnant puisque comme nous l’avons vu précédemment, les aînés sont des « férus » de la lecture. L’enquête de la Communauté française révèle, quant à elle, que 41% des francophones se sont rendus au moins une fois en 2007 dans une bibliothèque publique. « Le profil du public emprunteur est assez bien réparti entre les tranches d’âge, culminant avec les 16-24 (46%), suivi des tranches des 45 ans aux 65 ans et plus (moyenne de 42%). » Ainsi, les aînés sont ici avec les jeunes ceux qui fréquentent le plus les bibliothèques.

Par contre les médiathèques (6%) et ludothèques (1%) seraient désertées par les aînés. Nous pouvons relever quelques freins à la fréquentation des aînés aux médiathèques au titre d’hypothèses. Tout d’abord, fréquenter une médiathèque en toute liberté (sans devoir demander de l’aide d’un employé) suppose des connaissances informatiques puisque toute recherche d’un CD, DVD, etc. se fait à partir d’ordinateur. Ensuite, les médiathèques telles qu’elles sont conçues (leur communication, leur classement de musique, etc.) paraissent davantage destinées à un public jeune.

6. Les aînés et les centres culturels

A présent, nous analyserons la fréquentation des aînés dans les centres culturels. Comment se rendent-ils dans ces centres ? Que vont-ils y voir ? Pourquoi n’y vont-ils pas ? etc. Mais avant cela, nous présenterons un peu de théorie sur les centres culturels.

Un peu de théorie sur les centres culturels

Les missions, structures et statuts des centres culturels sont définis par le décret de la Communauté française du 28 juillet 1992 fixant les conditions de reconnaissance et de subventions des centres. « Par développement socioculturel, il faut entendre l’ensemble des activités destinées à réaliser des projets culturels et de développement communautaire fondés sur la participation active du plus grand nombre, avec une attention particulière aux personnes les plus défavorisées. »
Le décret, dans son article 3, définit quatre missions pour les centres culturels :
1. offrir des possibilités de création, d’expression et de communication
2. fournir des informations, formations et documentations qui concourent à une démarche d’éducation permanente
3. organiser des manifestations mettant en valeur les œuvres du patrimoine culturel local, régional, communautaire, international et francophone ;
4. organiser des services destinés aux personnes et aux associations et qui favorisent la réalisation des objectifs du centre culturel.

Les centres culturels doivent établir un contrat-programme de 4 ans avec les pouvoirs subsidiants. Ce contrat-programme fixe les axes d’action culturelle prioritaires, les investissements financiers et en service des pouvoirs publics, ainsi que les modalités de mise à disposition des infrastructures culturelles par les pouvoirs publics.

Fréquentation des centres culturels par les aînés

• Se rendre dans un centre culturel

Près de 86% des aînés sondés déclarent habiter à moins de 15 km d’un centre culturel. Signalons que 10% n’ont pas répondu à cette question. Nous pouvons faire l’hypothèse que ces aînés ne savent pas s’ils disposent d’un centre culturel près de chez eux (sans doute lié au statut particulier de ces centres). Les aînés peuvent en effet confondre un centre culturel reconnu par la Communauté française avec par exemple un foyer culturel ou tout autre lieu où s’exercent des activités culturels (ex. : théâtre).

Par ailleurs, 67% des aînés sondés peuvent s’y rendre en transports en commun. Néanmoins, cette donnée ne nous renseigne pas sur les horaires de ces transports, leur fréquence, etc. et donc sur la faisabilité de se déplacer de son domicile jusqu’au centre culturel pour assister par exemple à un spectacle le dimanche soir.

• Fréquenter un centre culturel

Alors que 77% des aînés sont informés de la programmation du centre culturel le plus proche de chez eux, près de 21% sont abonnés à ce centre. L’étude de la Communauté française révèle, sans donner de chiffres, que les 55 ans et plus composent la tranche d’âge la plus abonnée au théâtre.

S’ils sont 21% à être abonnés à un centre culturel, ils sont par contre 69% à en avoir fréquenté au moins une fois durant l’année 2008. C’est principalement pour les pièces de théâtre (41%), les expositions d’art relatives à la peinture, sculpture, etc. (29%) et les concerts (25%) que les aînés se sont rendus dans ces centres. Par ailleurs, 22% y sont allés pour assister à un spectacle de divertissement, humoristique, etc. et 9% y ont vu un spectacle de danse.

Les données sur les pratiques et consommation culturelles en Communauté française viennent corroborer nos résultats au niveau de la fréquentation des pièces de théâtre. De fait, 34% de la population francophone a assisté à minimum une pièce de théâtre en 2007 mais c’est la tranche des 55-64 ans qui est la plus fidèle (42%). Par ailleurs, 29% des francophones a été voir un spectacle d’humoriste (contre 22% pour nos aînés sondés). Si 20% de la population francophone en Belgique a assisté à des concerts de musique classique, « la participation annuelle est la plus forte dans la catégorie des 55-64 (28%), soit le double des 16-34. Ils sont encore toutefois 22% à s’y rendre après 65 ans. » Ces données statistiques sont très similaires aux nôtres. En ce qui concerne les spectacles de danse, si 18% de l’ensemble de la population en Communauté française en a vu au moins un en 2007, « la fréquentation descend à 16% pour les 55-64 et à 10% pour les plus de 65 ans. »

Cette étude de la Communauté française révèle par ailleurs que « plus fréquentée par les femmes que par les hommes, l’activité du spectacle vivant est pratiquée de la même manière par les différentes classes d’âge (moyenne de 18%) à l’exception d’une forte diminution après 65 ans. » Pour ce qui est des expositions d’art, la fréquentation de la population francophone se situe à 28% (contre 29% des aînés sondés dans notre propre enquête).

Les aînés qui déclarent ne pas avoir fréquenté en 2008 un centre culturel (31%) évoquent principalement comme motifs les horaires inadaptés des spectacles proposés, leur manque d’intérêt pour les spectacles et le coût trop élevé de ces spectacles.

7. Les préférences ou « goûts » des aînés en culture Nous avons demandé aux aînés de choisir leurs 3 activités préférées parmi une liste d’activités culturelles (hors domicile). Il en ressort que les pièces de théâtre (43%), les expositions (36,6%) et les musées (27,3%) correspondent aux 3 activités préférées des aînés sondés. Activités préférées des aînés

Pièce de théâtre

43%

Exposition

36,6%

Musée

27,3%

Conférence

27,1%

Spectacle de divertissement, humoristique

26,3%

Concert

26%

Visite d’un monument historique

25,4%

Spectacle de danse

12,5%

Opéra

7,2%

Spectacle historique, son et lumière

6%

Cirque

5%

Les aînés aiment donc avant tout les pièces de théâtre. D’ailleurs, rappelons que c’est essentiellement pour celles-ci que les aînés se sont rendus dans un centre culturel au cours de l’année 2008. En effet, 41% des aînés ayant fréquenté un centre culturel en 2008 y ont vu une pièce de théâtre. L’étude de la Communauté française confirme également l’intérêt des aînés pour le théâtre puisque si 34% de francophones se sont rendus au théâtre en 2007, c’est la tranche d’âge des 55-64 ans qui est la plus fidèle (41%). L’enquête Eurobaromètre révèle quant à elle que 32% des européens sont allés voir une pièce de théâtre en 2007.
En ce qui concerne les expositions et les musées, d’autres données statistiques viennent ici aussi appuyer nos propos en matière de préférences des aînés. « Visités de la même manière par les hommes et femmes, les musées attirent davantage des personnes entre 45-54 ans (42%) et 55-65 (37%). » Même constat du côté des expositions ; le public se situe plutôt dans les tranches d’âge 45-65 ans. Ainsi, aussi bien dans les expositions et les musées, les aînés représentent un public privilégié.
Ensuite, suivent de très près les conférences (27,1%), les spectacles de divertissement ou spectacles humoristiques (26,3%), les concerts (26%) et enfin la visite de monuments historiques. Les spectacles de danse, l’opéra, les spectacles (son et lumière) historiques et enfin les cirques ne semblent pas attirer un grand nombre d’aînés.

8. Accès à la culture

La vie culturelle : un droit pour tous

Rappelons que la Constitution belge établit en son article 23 le droit à la culture : « Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. A cette fin, la loi, les décrets et autres textes législatifs doivent garantir à tous le bénéfice des droits économiques, sociaux et culturels, en déterminant les conditions de leur exercice. » Cet article mentionne notamment :
- le droit au travail ;
- le droit à la sécurité sociale, à la protection de la santé et à l’aide sociale, médicale et juridique ;
- le droit à un logement décent ;
- le droit à la protection d’un environnement sain ;
- et enfin, le droit à l’épanouissement culturel et social.

En outre, l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme reconnaît également ce droit. « Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. »

Garanti ainsi par notre constitution et la Déclaration universelle des droits de l’homme, tout individu a le droit à s’épanouir sur le plan culturel. Si ce droit est reconnu légalement, les conditions permettant et garantissant effectivement celui-ci sont toutes autres. Toutefois, des initiatives institutionnelles ou non tentent de pallier ce problème et de favoriser l’accès à la culture pour tous. Nous illustrerons les démarches favorisant la démocratie culturelle par deux exemples : l’article 27 et l’entrée gratuite au musée le dimanche.

Deux exemples d’initiatives en faveur d’une démocratie culturelle

- l’Article 27 :

L’idée d’un système facilitant l’accès aux manifestations culturelles est née d’une rencontre entre Isabelle Paternotte, comédienne, et Roland Mahauden, directeur du Théâtre de Poche. Le projet-pilote de l’asbl Article 27 est né en février 1999 à Bruxelles, avec comme référence ambitieuse, l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme que nous venons de mentionner. Principalement financée par la Communauté et les Régions, l’asbl Article 27 a pour but initial de contribuer à la démocratisation culturelle.

« Pour passer aux actes, le premier pas a été de garantir la réduction du prix d’achat des places aux manifestations culturelles. Les deuxième et troisième étapes, de constituer un réseau de partenaires sociaux pour entrer en contact avec les publics concernés et un réseau de partenaires culturels pour proposer un maximum de manifestations. L’adhésion, la motivation, l’implication des travailleurs se sont avérées fondamentales pour garantir un service optimal aux publics. (…) Article 27 a pour mission de sensibiliser et de faciliter l’accès à toute forme de culture pour toute personne vivant une situation sociale et/ou économique difficile. »
Les utilisateurs de l’article 27 sont les bénéficiaires d’une aide sociale du CPAS ou d’une aide à la réinsertion sociale et/ou professionnelle. Cette asbl propose à ce public des tickets au prix de 1,25 € valables pour de nombreux spectacles, concerts, séances de cinéma, musées, festivals,... En 2003, près de 40 000 tickets ont ainsi été distribués en Région wallonne et à Bruxelles.
- Entrée gratuite au musée : Sur proposition de la Ministre de la Culture, de l’Audiovisuel et de la Jeunesse, Fadila Laanan, le Gouvernement de la Communauté française a décidé d’offrir l’accès aux musées qu’elle administre . En effet, l’entrée aux musées sur lesquels il a autorité sont gratuits chaque premier dimanche du mois. Cette décision répond aux nombreuses demandes qui ont été adressées à la Ministre à ce propos et s’inscrit en droite ligne des engagements pris dans le cadre de la conclusion des Etats Généraux de la Culture. Ainsi tout le monde peut se rendre gratuitement chaque premier dimanche du mois au Musée-Royal de Mariemont, au Musée de la Photographie à Mont-sur-Marchienne, au Musée d’Ixelles, etc.

Les freins ou obstacles à l’accès à la culture

La perte d’autonomie et de mobilité, une situation socio-économique précaire, un manque d’information, etc. apparaissent a priori comme autant de facteurs limitant l’accès à la culture. Notre étude complétée par d’autres données (européennes, françaises et communautaires) va nous permettre de faire le point sur l’accès à la culture et de relever les obstacles ou freins réellement à l’œuvre.
Dans notre enquête, nous avons demandé aux aînés de choisir une mesure qui faciliterait l’accès à la culture aux aînés. Près de 54% des aînés sondés pensent qu’il leur faudrait bénéficier d’un tarif réduit afin de rompre l’isolement et d’accéder à une vie culturelle. Nous pouvons en effet facilement imaginer qu’avec des minima de pensions, certains aînés rencontrent des difficultés, voire sont dans l’impossibilité d’assister par exemple à des spectacles. Ainsi, les contraintes financières apparaissent ici jouer au premier plan. D’ailleurs, selon l’étude portant sur les pratiques et consommation culturelles en Communauté française, les deux principaux obstacles à la fréquentation d’un spectacle vivant sont le prix d’entrée trop élevé (26%) et le manque de temps (24%). Deux autres études (française et européenne) viennent compléter et ajuster notre point de vue en montrant que des dimensions autres que financières ont un impact tout aussi important dans l’accès à la culture. En effet, une enquête portant sur les conditions de vie des français révèle que, dans l’accès à la culture, le niveau scolaire, la catégorie socioprofessionnelle et l’âge jouent un rôle essentiel. « Même si elles existent, les contraintes financières ne constituent pas le principal obstacle à l’accès à la culture : elles traduisent en grande partie des inégalités sociales et culturelles. En effet, lorsque l’on tient compte simultanément de l’ensemble des caractéristiques communes individuelles (âge, sexe, niveau de diplôme, catégorie socioprofessionnelle, type de commune et niveau de vie), il en ressort que les pratiques culturelles sont avant tout déterminées par le niveau de diplôme ; viennent ensuite la catégorie socioprofessionnelle et l’âge. »
Une étude européenne débouche sur les mêmes constats en matière d’accès à la culture. « En résumé, les citoyens qui participent le plus activement à la vie culturelle sont généralement jeunes, habitent la ville et disposent d’un niveau d’éducation élevé. » Les répondants de cette étude ont été interrogés sur les éventuels obstacles (voir tableau ci-dessous) auxquels ils sont confrontés lorsqu’ils cherchent à accéder à la culture.

Obstacles dans l’accès à la culture

Manque de temps 42%
Trop cher 29%
Le manque d’intérêt 27%
Le manque d’information 17%
Une offre d’activités culturelles trop limitée ou de mauvaise qualité dans leur région 16%
Le manque de connaissance ou de bagage culturel 13%

Si le manque de temps ne constitue certainement pas l’obstacle principal dans l’accès à la culture de nos aînés, les deux obstacles suivants (trop cher et manque d’intérêt) correspondent à ceux des aînés. Rappelons que les motifs évoqués par les aînés pour ne pas avoir fréquenté un centre culturel en 2008 sont les horaires inadaptés, le manque d’intérêt pour les spectacles proposés et le coût trop élevé de ceux-ci.

Ces constats sur l’accessibilité culturelle rejoignent assez bien ceux de la sociologie critique principalement basée sur les travaux de P. Bourdieu et de B. Lahire. P. Bourdieu met en évidence les rapports de domination symbolique qui s’exercent dans le champ de la culture ainsi que les déterminismes socio-éducatifs qui conditionnent le goût et la relation à l’art et la culture. Ainsi, selon cette théorie, les pratiques culturelles expriment une position sociale. La capacité de l’individu à poser des choix propres et réfléchis est ainsi minimisée.

C’est ici que l’apport de B. Lahire est incontournable. Celui-ci replace l’individu dans la construction et la signification de ses propres pratiques en relativisant le poids des déterminants socio-économiques (sans toutefois exclure son impact). Soumis à diverses influences, l’individu ne serait pas complètement enfermé dans des habitudes de pratiques culturelles conditionnées.

9. Quelles représentations de la « culture » ?

Grâce à la question ouverte de notre questionnaire « Pour moi, la culture, c’est surtout…. », nous pouvons appréhender la définition des aînés de la culture, du moins leurs représentations. Si nous ne pouvons prétendre à une analyse qualitative issue d’entretiens, nous pouvons néanmoins dégager certaines tendances et représentations plus dominantes de la culture.

Signalons d’emblée que bon nombre de sondés (34%) n’ont pas répondu à cette question. Ce taux relativement important de non réponse est en soi un indicateur. Les aînés ont éprouvé des difficultés à définir théoriquement le concept de culture. En effet, la culture, au regard des commentaires, apparaît pour les aînés comme un concept absolu, du moins comme un concept dont la définition n’est pas aisé et « théorisable ». Tout le monde sait ce qu’est concrètement la culture mais il n’en va pas de même lorsqu’il s’agit d’en donner une définition stricte.

C’est ainsi qu’une majorité d’aînés définissent la culture par des activités (bien évidemment des activités culturelles) : le théâtre, les conférences, les expositions, la lecture, les spectacles, etc. sont autant d’activités relevant de la dimension culturelle. Ainsi, cette représentation de la culture se traduit en activités concrètes.

Une autre représentation de la culture dégagée des commentaires est celle qui considère la culture comme moyen ultime de rester « ancré dans le monde », de rester intégré dans la société actuelle,… De fait, la culture permettrait notamment aux aînés de « garder contact avec la société d’aujourd’hui » et de « rester dans le coup ». Il s’agit de se tenir au courant, de s’intéresser, de suivre l’actualité, etc. Rappelons que le journal télévisé correspond au programme télévisuel préféré des aînés. D’une manière générale, la culture crée du lien et empêche en quelque sorte de « vieillir », de se renfermer sur soi. Elle permet ainsi de rompre l’isolement dont certains aînés sont victimes. Par ce fait, elle revêt un caractère indispensable pour les aînés.

La culture est également représentée comme une « ouverture sur le monde », les autres et donc sur les différences qui peuvent coexister entre les Hommes. La culture permet ainsi d’appréhender l’autre et ses différences… Elle est une ouverture d’esprit et montre que d’autres façons de penser et d’agir existent ici ou ailleurs. Les notions d’échanges et de rencontres sont d’ailleurs souvent citées comme moyens de rompre l’isolement et d’être ouvert à la différence.

Ensuite, d’autres aînés se représentent essentiellement la culture comme relevant de l’instruction et de la connaissance. Dans ce cas, elle dépend de l’apprentissage et de l’information. Certains vont même jusqu’à la lier à la scolarité. Elle relèverait donc de l’intellectuel car, pour ces aînés, la culture, c’est « apprendre », « s’instruire », « garder ses facultés intellectuelles », etc.

A l’inverse, d’autres aînés mettent l’accès sur le caractère divertissant de la culture… Pour ceux-ci, la culture serait avant tout un divertissement, voire une distraction. Il ne s’agit pas d’une contradiction avec la représentation précédente mais plutôt d’une complémentarité logique… En effet, une activité culturelle comme une pièce de théâtre peut à la fois se révéler divertissante et enrichissante d’un point de vue des connaissances historiques. La culture, par ses activités, réunit d’une part, divertissement, distraction et d’autre part, connaissances.

Pour conclure, même si une représentation particulière est plus dominante chez un aîné ou un autre, nous ne pouvons en général pas attribuer une représentation unique à chaque aîné, celles-ci s’enchevêtrant.

10. Que fait l’UCP en matière de culture ?

En tant que mouvement d’éducation permanente, nous ne pouvons limiter cette étude à l’analyse des pratiques culturelles des aînés sans proposer, d’une part, des pistes de réflexion et d’action au sein de notre mouvement et, d’autre part, des revendications politiques. Nous présenterons tout d’abord la commission culture de l’UCP ainsi que ses projets. Ensuite, des pistes de réflexion, élaborées en concertation avec la commission culture, prolongeront cette étude. Enfin, nous clôturerons ce point en présentant nos propositions institutionnelles et politiques en matière de culture.

Création d’une commission culture

Le samedi 12 avril 2008, l’UCP organisait à l’intention de ses cadres une journée dédicacée à la culture au Théâtre National de Belgique. A cette occasion, l’UCP entendait rencontrer la Ministre de la Culture et de l’Audiovisuel du Gouvernement de la Communauté française de Belgique, Fadila Laanan mais aussi et surtout lancer un plan d’action culturel, animé par la nouvelle commission « culture » du mouvement. Une fois lancée, la commission fédérale UCP de la culture s’est vu confier plusieurs objectifs :
- définir la politique culturelle de l’UCP
- promouvoir l’accès à la culture au bénéfice des aînés
- développer des programmes culturels
- organiser des actions culturelles
- promouvoir des événements culturels en partenariat
- négocier des avantages culturels liés à l’affiliation de l’UCP
- organiser des voyages culturels
- valoriser les activités culturelles locales et régionales
- aider à gérer la rupture culturelle que constitue le passage à la retraite
Outre l’organisation d’activités culturelles, l’UCP a la volonté d’intégrer une démarche d’éducation permanente dans ces activités. Il ne s’agit donc pas seulement de proposer des activités mais bien de conscientiser par celle-ci notre public à certains problèmes sociaux, économiques, environnementaux et de développer un point de vue critique.
Concrètement, depuis sa création, la commission a impulsé divers projets dont nous retiendrons principalement un réseau d’échanges et de découvertes entre régions, un atelier « récit de vie » et un échange culturel international.

Réseau d’échanges et de découvertes entre régions
Cette initiative vise à favoriser les échanges et la découverte des patrimoines respectifs des différentes régions. Il s’agit de créer un réseau d’échanges de pratiques et de savoirs, au départ d’un travail collectif visant à développer un regard critique sur l’environnement social, économique, architectural, patrimonial des acteurs du projet.

Atelier « Récit de Vie : les solidarités »
Certaines régionales UCP proposent à leurs membres de participer à des ateliers novateurs. C’est le cas des ateliers « récits de vie » sur les solidarités. Les diverses formes (professionnelle, familiale, syndicale, etc.) que peut prendre la solidarité sont essentielles dans nos vies. Les aînés ont la particularité d’avoir assisté à une grande mutation en termes de solidarités : celles-ci sont passées de l’état privé et familial à l’état public et collectif avec la création progressive de la sécurité sociale. Aujourd’hui encore, la solidarité constitue un enjeu important dans la mesure où le vieillissement démographique qui s’intensifie a modifié profondément les relations entre les générations et, par la force des choses, les solidarités.
Des millions de personnes ont traversé ces évènements mais chaque aîné a sa spécificité qui le caractérise et son histoire n’est équivalente à nulle autre. Se remémorer ses fragments de vie et en faire un récit cohérent constitue l’objectif de cet atelier. Il appartiendra aux historiens d’aider les participants à les collecter et à en dégager la trame commune pour aboutir à une vision globale des évolutions historiques.
Construire un récit de vie n’exige pas de talent littéraire particulier, seulement une certaine mémoire du passé. Il est donc ouvert à tous. Néanmoins, pour aboutir à des récits de qualité exploitables, il est important de suivre une certaine méthodologie et de respecter quelques règles. Un des objectifs de l’atelier sera de présenter cette méthodologie et ces règles en guidant les participants dans leur démarche de sollicitation de leur mémoire et de la mise en relation des évènements vécus. Ainsi, des aînés vont, ensemble, construire un récit de vie collectif à partir de leurs expériences, souvenirs, etc.

Echange culturel international
L’importance de la communauté italienne en Belgique et la manière dont les aînés sont considérés et « pris en charge » (en Sicile) ont amené la commission culture à soutenir un échange culturel avec la Sicile. A travers celui-ci, il s’agit notamment de découvrir la place des aînés et leur rôle ainsi que de partager les richesses culturelles respectives. L’UCP a tout d’abord reçu une délégation de Siciliens (Bourgmestre de Sortino, Président du Comité du 3e âge de Sortino, Président de l’association « Croche double Croche », élu régional) et leur a proposé diverses découvertes (Visite du Parlement fédéral, visite du bois du Cazier, etc.) et rencontres (aînés de l’UCP). Notre mouvement projette ensuite de se rendre en Sicile et d’y organiser notamment diverses rencontres (avec les participants du centre de jour de Sortino, avec les participants de l’Université des aînés, avec les membres du Syndicat des aînés, etc.).

Pistes de réflexion pour notre mouvement

Réhabiliter le concept culture

Peut-on qualifier quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de Shakespeare, de Mozart, qui ne va pas au théâtre, ni au cinéma, d’homme « sans culture » ? Doit-on considérer que la culture ne serait que connaissance de la littérature et de l’art ? Accepter un tel point de vue, c’est admettre qu’elle ne peut être que le privilège des « gens de lettres ». Et pourtant la culture ne se construit pas seulement par l’étude et les livres. Elle trouve aussi ses fondements dans l’expérience de vie et dans la capacité de chacun de communiquer avec autrui. La culture est donc « ce quelque chose » qui peut se développer en nous à tout moment, à tout âge, mais dans la communication avec nos semblables. La culture est donc un mode de formation de soi, à tisser constamment, dans un rapport aux autres. Sans ce dernier, il n’y a pas de dynamique culturelle. En effet, organiser un débat, du moins un échange entre les spectateurs après une pièce de théâtre par exemple concourt à la confrontation des points de vue et au développement critique exigés notamment par une démarche d’éducation permanente.

En quelques mots, la culture est un droit « au devenir » pour chacun, un apprentissage permettant de s’extraire de sa sphère particulière, le droit à la transformation de soi, le droit de cultiver son « potentiel culturel ».

Nous pourrions à l’UCP décliner ce droit en trois axes :

1. Le droit à la culture du corps. Les mouvements libèrent l’activité du corps, ils s’accompagnent du bonheur de respirer, de marcher, de courir. Ces bonheurs liés aux activités sensorielles et motrices du corps ne peuvent être réservés à des privilégiés.
2. Le droit à la culture de la raison. Nous sommes en droit de nous questionner et faire usage de notre raison. Les idéologies, qu’elles soient religieuses ou non, si elles ne sont pas questionnées, empêchent l’essor de la raison et l’entraînent parfois dans des dérives dangereuses. Que n’a-t-on pas fait au nom de toutes celles-ci pour nourrir les gens « de certitudes » pour la vie. L’expérience de la vie aidant, les aînés ont le droit de cultiver leur faculté de raisonner et peuvent, dans une relation intergénérationnelle, entraîner les enfants et les jeunes à l’exercer également.
3. Le droit à la culture de l’esprit. Nous entendons, par là, ce qui fait que nous sommes capables de saisir l’esprit d’une création, de l’interpréter et comprendre l’esprit de l’œuvre. Elle peut nous permettre aussi d’avoir d’autres regards sur le monde de la vie.

Rechercher des partenariats avec les centres culturels

La Communauté française dispose d’un réseau institutionnel composé entre autres de centres culturels locaux et régionaux. Dans ces centres, l’accès à la culture est, comme nous l’avons précédemment compris, considéré comme une priorité. Ces lieux de la culture jouent un rôle primordial dans l’accès à la culture. C’est ainsi qu’en tant que mouvement d’éducation permanente et en réponse aux besoins des aînés en matière de culture, l’UCP se doit de chercher des collaborations avec ces centres culturels.

Le travail de collaboration entre notre mouvement et les centres culturels peut prendre différentes formes. Tout d’abord, le problème du manque d’intérêt de certains aînés pour les spectacles proposés dans les centres culturels pourrait notamment être remédié par une plus grande participation des aînés au Conseil de la culture. Il s’agirait au sein de notre association UCP de faire connaître celui-ci et d’encourager les aînés à y participer.

Ensuite, nous pourrions imaginer une collaboration directe avec les centres sur certains spectacles programmés. La journée d’étude consacrée au thème « aînés et culture » prévue en 2010 sera l’occasion de définir le type de partenariat avec ces centres.

Propositions institutionnelles et politiques

Sur base des résultats de cette étude et en lien avec notre mémorandum élaboré en concertation avec nos membres à l’occasion des dernières élections en juin 2009, l’UCP constate un certain nombre de similitudes et convergences qui nous amènent naturellement à (re)formuler une série de propositions et pistes de travail destinées à la fois au cabinet de la Ministre de la Culture et au Ministère dont elle a la charge mais également aux professionnels du secteur et en particulier aux centres culturels de la Communauté française.
Notre mouvement UCP souhaite donc qu’un dialogue puisse rapidement s’ouvrir entre les partenaires précités, voire d’autres, en vue de travailler sur les questions suivantes :

1. Le renforcement de l’accès des aînés à la culture par notamment :
a. une programmation technique adaptée aux besoins et attentes des aînés ;
b. une programmation horaire adaptée au rythme de vie des aînés : privilégier des animations de jours et en semaine)
c. une programmation décentralisée renforcée pour être plus proche des aînés et qui tient compte de leurs réalités de déplacement, et ce en particulier dans les régions à faible densité de population et milieu rural ;
d. une programmation qui tient compte des contraintes de mobilité des aînés : privilégier des partenariats avec des transports en commun (notamment pour adapter les horaires pour l’organisation des retours), des partenariats avec les opérateurs de maisons de repos pour l’organisation des déplacements par exemple ;
e. la mise en place d’un système qui réduit les coûts pour les pensionnés ayant de faibles revenus pour participer à des activités culturelles. Des systèmes tel « l’article 27 » devraient être étendus à ce public ;
f. le financement des adaptations des espaces culturels de manière à ce que ceux-ci soient accessibles aux personnes à mobilité réduite et que ces personnes puissent profiter d’un spectacle ou d’une exposition dans de bonnes conditions (par exemple, ne pas être trop proche de la scène ou système garantissant une bonne audition même dans le fond de la salle).

2. Le renforcement de la participation des aînés aux politiques culturelles par :
a. la valorisation, le soutien et la généralisation des bonnes pratiques en matière de collaborations entre centres culturels et associations ou groupements d’aînés qui permettent dans de nombreux cas de toucher des publics a priori plus distants ;
b. l’instauration d’une commission consultative locale des aînés dans chaque commune permettant de positionner les politiques culturelles moins comme une fin en soi mais davantage comme un des outils, un des moyens et paramètres à prendre en compte de manière active pour construire une société « aînés admis ».

Conclusion

La lecture, les pièces de théâtre, le jardinage, les musées, les fêtes locales, les conférences, la télévision, etc. reflètent la diversité des activités culturelles des aînés. D’une manière générale, les aînés se situent davantage dans la consommation culturelle que dans la production. Ce constat n’est toutefois pas spécifique au public aîné mais reflète notre société actuelle, à savoir une société de consommation. Nous pouvons néanmoins dégager quelques spécificités en matière de culture, relatives aux aînés. Tout d’abord, si une diminution de la lecture en Communauté française a été globalement constatée, les aînés ne semblent pas être touchés par ce phénomène et restent de bons lecteurs. Ensuite, les aînés privilégient également les contenus culturels à la télévision (JT, documentaires, etc.). Le « petit écran » apparaît avant tout comme un moyen de s’informer et d’élargir ses connaissances. Une autre particularité des aînés est le niveau d’information de l’agenda culturel. En effet, les plus de 50 ans représentent le public le mieux informé des activités culturelles locales. Notre analyse des pratiques culturelles des aînés vient donc rompre l’image d’une majorité d’aînés passifs devant leur écran de télévision des heures durant, image pourtant largement répandue dans notre société.
Facteur déterminant de l’émancipation et de l’intégration des individus, la culture est indispensable pour les personnes isolées. Elle crée des liens mais ouvre également la voie à d’autres imaginaires, d’autres possibles. La démocratisation culturelle trouve ici tout son sens. Différentes études montrent que celle-ci a progressé au cours des deux dernières décennies. Progrès en terme de multiplication des infrastructures, d’augmentation de budgets alloués à la culture, etc. Il n’en reste pas moins que de nombreux obstacles apparaissent dans l’accès à la culture chez les aînés : horaires inadaptés, coûts trop élevés, etc. C’est ainsi que l’UCP, à partir des constats de cette étude et des différentes voies dégagées à l’occasion de la journée d’étude consacrée au thème (prévue en 2010), prendra différentes mesures et soutiendra toutes initiatives facilitant l’accès à la culture pour les aînés. La démocratisation culturelle se range parmi les enjeux fondamentaux de notre mouvement.

Bibliographie :
http://www.unesco.org
http://www.culture.be
http://www.time-use.be
http://www.insee.fr
http://www.wikipédia.fr
http://www.statbel.fgov.be/
http://www.article27.be
M. Guérin, Pratiques et consommation culturelles en Communauté française, Courrier hebdomadaire n°2031-3032, CRISP, 2009. Bastide (R), Acculturation, in Encyclopedia Universalis, 1-114 c et suivant, 1998.
Guy Rocher, Introduction à la sociologie, édition HMH, 1995, Montréal. Enquête Eurobaromètre sur les valeurs culturelles en Europe, septembre 2007, Direction générale de l’éducation et de la culture, Commission européenne.
P. Bourdieu, La distinction, critique sociale du jugement, Paris, Editions de Minuit, 1979.
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La féminisation des pratiques culturelles, O. Donnat, ministère français culture et communication, n°147, juin 2005.
Les pratiques culturelles : le rôle des habitudes prises dans l’enfance, Chloé Tavan, Insee, février 2003, n°883.

Publié le vendredi 18 décembre 2009 par UCP

UCP, mouvement social des aînés