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Qualité de vie et grand âge : processus d’adaptation et stratégies compensatoires

Cette étude s’interroge sur la qualité de vie des personnes très âgées (de quatre-vingts ans et plus). Elle cherche à mieux comprendre les processus qui se mettent en place au grand âge et à identifier les enjeux collectifs sous-jacents.

Il semblerait que vieillir corresponde à un processus d’adaptation qui impose au sujet qui le vit le déploiement de stratégies de reconversions en tous genres et un travail de recomposition identitaire. Se questionner sur le parcours de vie et de fin de vie des personnes âgées, voire très âgées, suscite un intérêt grandissant.

Vivre plus vieux, vivre très vieux, pourquoi pas ? Mais qu’est-ce que vieillir ? Comment se perçoivent les personnes de plus de 80 ans ? Comment préservent-elles leur qualité de vie ? Qu’est-ce qui fait encore sens pour elles et qui les mobilise ? Ce parcours sera-t-il de même qualité pour les hommes et pour les femmes ? Quelles sont les stratégies à développer pour préserver cette qualité de vie ? Dans quels domaines et selon quelles priorités les personnes très âgées mettent-elles en place ces stratégies compensatoires ?

Cet article balaie différents domaines de la vie quotidienne des plus de quatre-vingts ans. Au-delà des constats individuels, il souhaite susciter une réflexion collective sur les moyens d’action disponibles, à renforcer ou à créer pour garantir à tous une fin de vie de qualité qui garde du sens.

Espérance de vie

La notion d’espérance de vie appartient au langage mathématique. Elle caractérise la durée moyenne de vie d’une génération fictive soumise aux conditions actuelles de mortalité, mais ne rend pas compte de l’état de santé d’une population.

Au cours du XXe siècle, l’espérance de vie a progressé de 30 ans. Ce progrès est d’abord à mettre au compte du recul de la mortalité infantile. Mais depuis 1950, c’est l’allongement de la vie en tant que telle qui dope la moyenne. Dans les pays développés, celle-ci augmente de trois mois par année. Il y a un siècle, l’espérance moyenne de vie en Belgique était de 47 ans pour la femme et de 44 ans pour l’homme. Actuellement, l’espérance moyenne de vie à la naissance est de 79,5 ans (76,5 ans pour les hommes et de 82,4 ans pour les femmes).

Pour les personnes âgées, plus que l’allongement de l’espérance de vie, ce qui compte, c’est l’espérance de vie sans incapacité, c’est-à-dire le nombre d’années vécues sans apparition de maladie chronique invalidante.

L’espérance de vie sans incapacité a progressé à un rythme comparable. Comme l’espérance de vie a augmenté à tous les âges, l’immense majorité des gens atteignent aujourd’hui l’âge de la retraite et la durée espérée de la retraite s’est, elle aussi, considérablement accrue.

Si un homme de la génération 1910, arrivé à 40 ans, pouvait espérer passer 12 ans en retraite, un homme de la génération 1955 peut espérer passer 21 ans en retraite.

Selon une étude publiée par le Bureau américain du recensement (Census Bureau), le nombre de seniors de plus de 65 ans devrait s’élever à 1.3 milliard d’ici 2040. Ainsi, dans un peu plus de trente ans, les 65 ans et plus seront – pour la première fois dans l’histoire de l’humanité - plus nombreux que les enfants de moins de 5 ans.

Depuis 1840, la longévité masculine a plus que doublé. Les femmes elles, vivent presque trois fois plus longtemps. Ce sont les « grands seniors », les personnes très âgées, dont la population augmentent le plus rapidement. Globalement, le nombre des plus de 80 ans va croître de 233% entre 2008 et 2040 (contre 160% pour les plus de 65 ans et 33% pour toutes les tranches d’âge).

Aujourd’hui, passé l’âge de 100 ans, on compte un homme pour quatre femmes. Le nombre de centenaires (ils seraient actuellement 500.000 dans le monde entier) pourrait quintupler au cours des 40 prochaines années. Aujourd’hui, moins d’1% d’entre eux seulement passent le cap des 110 ans…

Si prévoir l’avenir se révèle souvent illusoire, imaginer ce qui pourrait être, même si cela n’a que peu d’impact sur ce qui sera effectivement, peut aider à réfléchir sur les problèmes d’aujourd’hui et éventuellement à concevoir des solutions inattendues.

Vieillesse

La notion de vieillesse est toute relative. L’état de santé d’un homme de 70 ans aujourd’hui équivaut à celui d’un quinquagénaire du XIXe.

Age et vieillesse ne sont devenus objets sociologiques que depuis les années 1960 : l’allongement de la vie entraîne un travail permanent d’aménagement du parcours de vie qui n’en finit pas de se déployer. Et ce n’est qu’en 1988 que « l’âge » obtient un statut dans la théorie sociologique avec le chapitre « Sociology of age » dans le Handbook of Sociology de Smelser.

En sciences sociales, le paradigme du parcours de vie appliqué au vieillissement et à la vieillesse date d’une vingtaine d’années seulement. Il met en évidence la présence de plusieurs situations de vieillesse et différentes trajectoires de vieillissement. Il permet de réfléchir aux événements ponctuant la dernière étape de la vie et à la manière dont les individus vivent et cherchent à s’adapter à ces changements.

Il y a trente ans, une personne de 80 ans avait souvent l’aspect d’un grand vieillard, alors qu’aujourd’hui une personne du même âge apparaît bien plus « jeune » et vit de plus en plus longtemps à domicile.

On a pu définir l’expérience du vieillir comme une tension entre le sentiment des limites, corporelles et cognitives, et la volonté d’assurer une continuité dans sa construction identitaire ; à la fois sentiment, plus ou moins douloureux, de perte et de fragilité et désir de s’assurer une présence au monde.

Qualité de vie

La qualité de vie est un concept qui vise à décrire les aptitudes d’un individu à fonctionner dans un environnement donné et à en tirer satisfaction. Elle est associée aux idées de bonne santé, de bien-être, de cadre de vie, de style de vie et de niveau de vie. La qualité de vie est une notion subjective : chaque individu attribue aux événements une valeur positive ou négative, en fonction de son environnement, de sa personnalité et de sa santé mentale.

Habituellement, une bonne qualité de vie se caractérise par un bon état physique, une intégration sociale avec des revenus suffisants et un sentiment de bien-être lié au maintien de l’estime de soi et d’une vie affective équilibrée. Ces normes valables chez l’adulte jeune sont parfois moins pertinentes chez le sujet âgé rendu vulnérable par des maladies ou par une perte d’autonomie partielle.

Selon l’OMS, la qualité de vie se définit comme « la perception qu’a un individu de sa propre situation dans l’existence dans le contexte culturel et le système de valeurs dans lequel il vit et ce, en relation avec ses objectifs, ses attentes et ses inquiétudes ». Cela implique de pouvoir éprouver suffisamment de satisfactions dans la vie quotidienne, dans ses rapports aux autres et d’avoir la capacité de conserver au sein de la société une place qui ait un sens.

En Belgique, les enquêtes de satisfaction de vie auprès de personnes très âgées (80 et plus) donnent des résultats étonnamment bons de même que les enquêtes sur le sentiment subjectif de santé. Même si des facteurs de désirabilité sociale peuvent intervenir dans les réponses, il faut un certain cran pour répondre que la santé est plutôt bonne (malgré la prise d’au moins quatre médicaments pour différentes pathologies...) et que la qualité de vie est jugée de bonne à très bonne (5% d’insatisfaits seulement !).

Résilience

La résilience est une caractéristique de la personnalité qui module les effets négatifs du stress et qui favorise l’adaptation tout en étant associée à une meilleure santé.

C’est un processus d’équilibrage entre, d’une part, les facteurs de risque propres à un sujet et aux adversités rencontrées et, d’autre part, les facteurs de protection dont ce sujet bénéficie. Les facteurs de protection correspondent aux attributs des personnes, des environnements, des situations et des événements qui paraissent tempérer des prédictions psychopathologiques basées sur un statut individuel à risque offrant une résistance au risque.

La résilience des personnes vieillissantes se traduit non seulement par l’acceptation des changements, des pertes, mais aussi par la capacité à investir de nouveaux objets, à s’inscrire dans une dynamique de vie. Ces personnes réussiraient à vivre de manière satisfaisante et à évoluer positivement malgré les épreuves qu’elles endurent et les risques qu’elles encourent avec l’âge.

La vieillesse peut s’accompagner d’une vulnérabilité accrue sur les plans physique et psychique. La fragilisation peut aussi provenir de l’accumulation d’épreuves : deuils et séparations, échecs, difficultés socioéconomiques,... A certains moments, « trop, c’est trop », comme nous disent certains qui décompensent dans la dépression ou la régression. Toutefois, la résistance de tant de personnes âgées peut surprendre. Il n’est pas sûr que des adultes plus jeunes, confrontés à des difficultés semblables, soient capables de résister aussi bien. Tout compte fait, il y a donc une « résilience » certaine chez nombre d’entre elles.

Certaines personnes âgées sont donc capables de valoriser fortement le sens de leur vie et de s’adapter en dépit d’un état de santé physique ou mentale précaire.

Comment les personnes très âgées se perçoivent-elles ?

Certaines études montrent que le déni de vieillesse est présent chez les personnes très âgées. A la question « Est-ce que vous pouvez me décrire une « personne âgée » ? », 90% des personnes interrogées ont répondu sans s’impliquer dans cette catégorie : il s’agit chaque fois d’un voisin, d’un parent, d’une caricature,... ; ou alors, l’interviewé cherche à éluder la question en sollicitant sa reformulation. En insistant quelque peu, une prise de conscience se fait jour et il n’est pas rare que la personne âgée demande à parler « d’autre chose », parfois même jusqu’à pleurer. La vieillesse est alors perçue comme le temps de la maladie, de la dégénérescence, de l’isolement et, enfin, de la finitude.

On peut distinguer ceux se définissent comme étant devenus des “ vieux ”. Ils évoquent la fatigue, le manque d’envie, ils ont tendance à adopter les comportements les plus traditionnellement liés à l’image de la vieillesse. Pour eux les ennuis de santé sont prétexte à limiter ou ralentir l’activité. Ce mode du vieillir donne lieu à une secrète négociation entre envie et fatigue, souvent dans un contexte familial qui autorise un repli tranquille et serein. Les ouvriers sont les plus nombreux à se caractériser ainsi, mais il faut noter que, paradoxalement, ceux qui se sentent "vieux" sont en moyenne moins âgés que ceux qui "accumulent des années".

Pour d’autres au contraire, vieillir se traduit par le sentiment d’accumuler des années sans pour autant qu’ils se considèrent comme “ vieux ”, par familiarisation progressive avec l’avance en âge, acceptée comme un processus “ naturel ”. Ce sont des hommes et des femmes qui se définissent en "bonne santé", pour qui en tout cas, les questions de santé ne sont pas premières, et qui dressent un bilan plutôt positif de leur vie. Ils développent une attitude préventive, procèdent par anticipation et rationalisation des limites. Ce n’est pas par l’âge que ces personnes se définissent mais par leur capacité à réaliser leurs désirs. Les membres des “ classes moyennes ” sont les plus proches de cette manière de vivre le vieillissement.

Que ce soit dans les références à l’organisation du quotidien, dans les explications données a posteriori aux rapports aux objets et à l’espace-temps, voire dans la formulation de véritables petits manifestes éthiques et philosophiques, les récits personnels des « vieux » nous disent de manière subtile ou lapidaire, la centralité de l’humain, et surtout des rapports entre les êtres, dans toute réflexion et toute action véritables sur la vie et sur la mort.

Le vieillissement et la vieillesse sont à comprendre du point de vue de celles et ceux qui les vivent, même si par ailleurs les formes du vieillir ne peuvent être qu’influencées par le regard des autres.

Parcours de vie durant la vieillesse

Plusieurs théories coexistent en gérontologie et les études longitudinales restent encore peu nombreuses dans le domaine du grand âge… Les plus récentes pointent les inégalités qui se creusent lors de cette période, elles soulignent l’adaptabilité des personnes de grand âge et apportent un éclairage intéressant sur la qualité des parcours de vie des personnes très âgées…

Qu’il s’agisse de la longévité potentielle de l’espèce humaine ou de la longévité différentielle, ces changements nous concernent tous. L’influence des facteurs biologiques, culturels et socioéconomiques, les inégalités sociales face à la mort, le contenu des politiques publiques nous interpellent individuellement mais aussi collectivement car ils conditionnent les mesures à prendre pour accompagner au mieux ces changements.

Longévité potentielle
Durée maximale théorique de la vie humaine. Basée sur des estimations, cette durée correspond à la vie extrême que l’homme pourrait atteindre s’il n’y avait pas d’accidents de parcours. Elle constitue un caractère d’espèce. Les estimations à ce sujet varient considérablement, mais la majorité des auteurs s’entendent sur une durée pouvant aller de 120 à 130 ans. La longévité potentielle peut servir de point de comparaison entre la vie maximale théorique de l’homme et la durée moyenne de la vie, telle qu’elle est déterminée par les facteurs exogènes et endogènes qui la conditionnent.

Longévité différentielle
Espérance de vie liée à un individu, elle prend en compte des prédicteurs non seulement physiologiques (facteurs biologiques, hérédité,…), mais aussi des prédicteurs psychologiques (temps de réaction, fonctionnement cognitif,…) et sociaux (race, sexe, classe sociale, stress,…). Il existe à ce jour peu d’études sur le sujet.

Des facteurs biologiques, démographiques et culturels

Dans la littérature classique, la classification des personnes âgées s’effectue encore majoritairement par rapport à l’âge. Parler de façon indistincte des personnes âgées ou de la vieillesse reflète pourtant mal l’hétérogénéité de cette tranche d’âge qui couvre à elle seule deux, voire trois générations.
Ainsi, la terminologie anglaise distingue trois âges principaux ; c’est en 1985 que naît la distinction conceptuelle des personnes âgées en trois âges démographiques, les « young old » (65-74 ans), les « old old » (75-84 ans) et les « oldest old » (85 ans et plus). Les personnes très âgées que les anglo-saxons nomment « oldest old » constituent une catégorie de personne âgée particulière dans la mesure où elle est la première de l’histoire à expérimenter en nombre une survie importante. En France, les nonagénaires qui étaient 45 000 dans les années 1950 sont aujourd’hui 500 000.
Le sociologue français Serge Guérin propose quatre types de seniors : les SeTra, pour Seniors Traditionnels, les SeFra, pour Seniors Fragilisés (par la dépendance physique, mentale ou économique), les BoBoos, pour Boomers Bohêmes, soit les nouveaux seniors qui portent la modernité et refusent la norme du vieillir, et enfin les BoFra, pour Boomers Fragilisés, qui sont les personnes de grand âge mais qui cherchent à rester des acteurs de leur vie.

La terminologie populaire quant à elle distingue généralement deux âges principaux : les 3e et 4e âges. Le troisième âge étant considéré par beaucoup comme celui de tous les possibles, tandis que le 4e apparaît comme celui de tous les maux. Un cinquième âge commence à faire parler de lui… mais ne se définit pas.

Ainsi les médias, pour la plupart, délivrent deux facettes de la vieillesse : celle des retraités actifs qui ne sont pas décrits comme « vieux », les « seniors », et celle de la « vieillesse ingrate », les « dépendants ». Ils laissent dans l’ombre la majorité des personnes âgées, celles qui ne se situent pas à ces deux extrémités.

Pourtant, à y regarder de plus près, le critère de l’âge n’est peut-être pas le plus pertinent pour distinguer les étapes dans les parcours de vie des personnes très âgées. Le critère santé semble davantage adéquat. Plus particulièrement encore quand il s’agit d’analyser les répercussions de l’état de santé dans la vie quotidienne, répercussions qui influencent leur parcours de vie.

Sous cet angle, le facteur santé sur les trajectoires de fin de vie et de décès des personnes de 80 ans et plus est capital. Selon ce critère, trois statuts de santé se dessinent :

- l’état d’indépendance qui concerne les personnes qui ne sont ni fragiles, ni dépendantes. Ces personnes ne bénéficient cependant pas nécessairement d’une santé parfaite et peuvent présenter certaines affections dans l’un ou l’autre des cinq systèmes physiologiques retenus pour définir la fragilité. La plupart des personnes âgées expliquent qu’elles ont commencé à se sentir vieillir lorsque sont apparus les premiers signes d’affaiblissement physique et sensoriel. Certaines reconnaissent « avoir de la peine à lire », « entendre moins bien ».

Cinq systèmes physiologiques sont retenus pour définir la fragilité : la mobilité, les troubles physiques, les capacités sensorielles et cognitives, le potentiel énergétique.

- l’état de fragilité résulte d’un processus de fragilisation dont l’origine se situe en amont de l’état de fragilité. La fragilisation se définit par la perte progressive et inévitable avec l’avancée en âge des réserves physiologiques et sensori-motrices, pertes qui affectent les capacités de résilience des individus.

A ce jour, la notion de fragilité fait l’objet d’usages divers dans la littérature gérontologique. Il n’existe pas de définition consensuelle de la fragilité. Elle apparaît comme une « constellation de conditions multiples » , comme « un état ou syndrome qui résulte d’une réduction multi-systémique des capacités de réserves d’un individu au point que plusieurs systèmes physiologiques approchent ou dépassent un seuil d’insuffisance ».

Selon les grandes théories du vieillissement réussi (successful aging) qui structurent la recherche en gérontologie et influencent les politiques de santé publique, il serait possible de retarder et de freiner le processus de fragilisation. La théorie la plus répandue laisse même entendre qu’il serait possible de faire l’économie de la fragilisation. D’autres études plus récentes réfutent cette théorie ; pour elles, il est impossible de faire l’économie de la fragilisation et vieillir implique de devoir affronter la fragilisation de son corps et de son esprit.

- l’état de dépendance se définit par l’incapacité d’accomplir soi-même certains actes de base de la vie quotidienne.

La marche et la fatigue, de bons indicateurs des statuts de santé…

A ce titre, la marche et la fatigue apparaissent comme de bons indicateurs du vieillissement pour les « très âgés » (principaux signes de vieillissement qui apparaissent de manière graduelle). Au départ, ils constatent être plus fatigués qu’avant, par exemple lorsqu’ils marchent. L’âge implique alors de réduire les distances accomplies habituellement ou de « marcher moins vite ». Par la suite, il arrive que ce soit la fréquence des marches qui diminue. Enfin, marcher devient de plus en plus difficile et l’on marche peu à l’extérieur du domicile. Le vieux est celui qui ne peut plus marcher et doit se déplacer en fauteuil roulant. Puis la fatigue s’amplifie au point de venir parasiter les activités du quotidien qui deviennent plus lentes, plus laborieuses.

Si ces trois stades sont bien identifiés, tous ne les parcourent pas de la même façon, ni au même rythme et atteindre le grand âge ne conduit pas nécessairement à devoir se résigner à le vivre en état de dépendance. L’état de dépendance ne s’impose pas nécessairement comme l’ultime étape de la vie car nombreux sont ceux qui ne parcourent que deux de ces étapes ou qui décèdent sans vraiment s’être installés dans un état de dépendance.
Chez les personnes très âgées, les trajectoires de vie sont donc à la fois singulières et communes, marquées par des étapes, des transitions plus ou moins importantes, plus ou moins décisives qui amènent un réaménagement de la vie, une réorganisation des activités et de l’univers relationnel.

Les étapes du parcours de vie de la vieillesse et leurs principaux enjeux
Etape I : Vie indépendante
« Age de la liberté » : autodéfinition des priorités de vie et de l’organisation de la vie quotidienne
• définition de nouveaux projets de vie
• réorganisation de la vie quotidienne et de l’espace domestique
• tendance au repli sur la vie privée et de loisirs/engagements sociaux

Etape II : Processus de fragilisation – l’état de fragilité Difficulté progressive à accomplir les activités de la vie quotidienne, celles-ci s’organisant en fonction de ces « pesanteurs de l’âge » • difficultés physiques ou/et psychiques • maintien/transformation du mode de vie et des rapports à autrui • deuil de soi et réélaboration identitaire

Etape III : Vie dépendante
Période de vie où la personne ne peut plus assumer par elle-même les gestes de la vie quotidienne et dépend de l’aide d’autrui
Distinction schématique de 3 types
a) facultés psychiques préservées, entraves physiques (motrices et/ou sensorielles)
b) facultés psychiques affectées, facultés physiques préservées
c) facultés psychiques et physiques affectées
• aides et soins à domicile/institutionnalisation
• respect de la personne dépendante, « responsabilité vicaire »
• accompagnement en fin de vie

Etape IV : Décès

Schématiquement, quatre itinéraires résument les différents parcours possibles.

Quarante pour cent des personnes concernées passent de la phase d’indépendance à celle de la fragilité pour mourir sans atteindre la phase de dépendance.
Après une période de fragilisation extrême, quarante autres pour cent vivent dans un état installé de grande fragilité avant de glisser dans une dépendance chronique progressive.
Ces deux parcours sont les plus courants, ils représentent 80 % des situations.
Quinze pour cent des personnes de grand âge vivent de manière totalement indépendante jusqu’à quelques mois de leur décès. Ces derniers mois se caractérisent comme une période courte dans un état de fragilité ou de dépendance sans installation proprement dite avant le décès.
Le dernier parcours est le plus rare, il concerne les personnes qui passent brusquement d’une situation indépendante à une situation de dépendance pour mourir rapidement sans transiter par l’étape de fragilité.

Parcours de vie au grand âge

Indépendance —> Fragilité —> Décès sans installation dans la dépendance (40%)

Fragilisation extrême —> Etat de grande fragilité installé —> Installation progressive dans la dépendance chronique —> Décès (40%)

Indépendance jusqu’à quelques mois de la fin de vie —> Fragilité ou dépendance extrêmement limitée dans le temps sans s’y installer —> Décès (15%)

Indépendance —> Installation brusque dans la dépendance sans transiter par l’étape de fragilité —> Décès (5%)

Il est indéniable que l’âge infléchit les trajectoires et la relation entre l’âge et les étapes de la vieillesse existent statistiquement : plus l’âge avance, plus la poursuite d’une trajectoire indépendante est menacée, plus le processus de fragilisation se développe et plus le risque de décès croît. Pourtant, vieillards indépendants, fragiles et dépendants se côtoient et constituent des groupes sociaux aux modes de vie bien différents.

Le sexe conditionne significativement ces trajectoires : être une femme ou un homme dans le grand âge renvoie à deux conditions très inégales en la matière. Les femmes affrontent souvent leur 9e décennie sans leur conjoint, avec un niveau éducatif moindre et des revenus financiers beaucoup plus limités. Un quart d’entre elles sont en-dessous du seuil de pauvreté contre 7% des hommes seulement.

Certains mettent en avant l’existence de facteurs culturels discriminants au niveau du genre, que les anglo-saxons nomment le « gender gap » pour expliquer le déroulement du grand âge. Les hommes ont souvent été plus protégés que les femmes au cours de leur existence parce qu’ils ont un niveau social plus élevé au niveau de la scolarisation et du travail (Cambois, 2008). En cela, ils seraient logiquement amenés à vieillir en meilleure santé. Cependant leur conditionnement culturel viendrait complexifier de manière négative leur rapport à la vieillesse faisant d’eux des êtres moins capables de supporter la fragilisation (notamment identitaire) du grand âge. A l’inverse, les femmes seraient au contraire moins socialement protégées que les hommes mais auraient une capacité plus grande à accumuler les pathologies et à y survivre. A travers leur capacité à lâcher prise par rapport à leur affaiblissement physique, mais aussi à leur égo, les femmes parviendraient plus aisément que les hommes à surmonter les épreuves du grand âge. Alors que les hommes semblent lutter contre les formes extrêmes de déprise qui menacent leur identité, les femmes seraient plus enclines à « se laisser vivre ». Les hommes développent un argumentaire pour conserver l’unicité de leur identité, tandis que les femmes développent le « lâcher-prise » comme forme de survie.

Enfin, les caractéristiques liées au parcours socioprofessionnel et à l’appartenance sociale mettent en lumière le risque plus élevé de passer par une étape terminale de dépendance lourde pour les vieillards des milieux populaires. De plus, les marges de liberté préservées au grand âge ne peuvent faire l’impasse ni sur les influences génétiques, ni sur les conditions et événements de la vie écoulée (guerres, deuils,...)

On voit combien ces façons diverses de vivre la vieillesse, inscrites au carrefour des positions et des valeurs sociales, modelées par les interactions entre expériences personnelles et réaction sociale, sont autant de formes qui mettent à l’épreuve la construction de la figure unique du vieux.

Le choix, l’action, le sens comme moteurs individuels…

A côté de ces facteurs biologiques, sociodémographiques ou culturels, il semblerait que d’autres dimensions influencent favorablement la perception et le vécu des personnes très âgées par rapport à leur propre vieillissement. Elles concernent des domaines dans lesquels les individus, même très âgés, préservent une marge de choix et d’action. Des domaines dans lesquels, avec une certaine dose d’imagination et beaucoup de volonté, les vieillards, malgré leurs déficiences et leurs limitations, peuvent envisager des formes d’adaptation ou de substitution leur permettant de préserver un mode de vie qui a du SENS.

Il s’agirait des manières de prendre et de comprendre le cours de leur vie autour d’événements particuliers. L’implication dans ces domaines traduit en quelque sorte la volonté de la personne âgée « d’assurer une continuité dans sa construction identitaire ».

La pratique de certaines activités a une influence marquée sur les trajectoires de vie et préserve de la fragilisation ou du moins, en atténue les effets. Les travaux manuels, la lecture, la pratique religieuse ou spirituelle, les activités sociales et culturelles sont notamment associés à une fragilisation moins marquée, voire à une probabilité de vie plus élevée de cinq ans.

Enfin, l’attitude morale de la personne et son sentiment de bien-être ont également une incidence positive sur la poursuite d’une trajectoire indépendante en ralentissant la fragilisation. Des affects positifs comme « je suis heureux », « j’aime la vie, « je suis optimiste sur l’avenir », « je me sens aussi bien que les autres » sont susceptibles d’avoir un impact positif sur la survie, la vitesse de la marche ou même le maintien de l’autonomie. Ainsi, il existe des sujets très âgés qui ont conservé des capacités non négligeables d’adaptation, sans occulter leur handicap et qui restent en harmonie avec leur environnement.

Bien-être

Une idée commune est que le bien-être des personnes vieillissantes décline au fur et à mesure que l’on avance en âge et que la santé se détériore. Pourtant, de nombreux auteurs s’étonnent de la faiblesse de son déclin. L’absence de relation forte entre l’évolution du bien-être et l’avance en âge est perçue dans la littérature scientifique comme un paradoxe, ce d’autant plus que l’impact de la santé sur le bien-être a été souligné dans de nombreuses études. De fait, l’évolution du bien-être semble bel et bien soumise avec l’avance en âge à diverses influences – aussi bien positives que négatives – qui ne se résument pas uniquement au déclin de la santé.

D’une part, la détérioration de la santé exerce un effet néfaste sur le bien-être. Outre les atteintes graves à la santé (maladies, limitations fonctionnelles et perte d’autonomie) qui l’affectent directement, le déclin de la santé, associé au processus du vieillissement, exerce également un impact négatif indirect sur le bien-être des très vieux en altérant leur vie sociale : ils ne sont plus, par exemple, en mesure d’exercer l’ensemble des activités qu’ils pratiquaient auparavant ou de maintenir leurs relations sociales et de remplir les rôles sociaux qui autrefois leur incombaient.

N’étant plus nourri de ces expériences potentiellement émotionnellement plaisantes, le bien-être des très vieux tend donc à chuter. En plus de ces effets sur la vie quotidienne, la détérioration de la santé exerce un autre effet négatif indirect sur le bien-être en affectant l’image que les personnes très âgées ont d’elles-mêmes : conscientes qu’elles perdent peu à peu la maîtrise de leur corps, ces dernières portent un regard négatif sur elles-mêmes et, de ce fait, éprouvent de grandes difficultés à préserver leur propre identité, ce qui entraîne chez elles une baisse de leur bien-être.

D’autre part, le grand âge s’associe à des aspects positifs dont l’impact sur le bien-être s’avère fort bénéfique. Les personnes très âgées ont appris, grâce à l’expérience accumulée au cours de l’existence, à gérer leurs émotions et elles tendent, conscientes de leur fin proche, à vivre pleinement les derniers moments de leur vie en sélectionnant les expériences qui sont à leurs yeux émotionnellement riches (processus de sélection émotionnelle). Le désir de vivre avec une plus grande intensité émotionnelle les derniers moments de vie, en savourant pleinement les bons et en gérant au mieux les mauvais, favorise le bien-être et même l’accroît.

Certaines études montrent que les très vieux tendent à redéfinir les critères d’évaluation d’une « bonne santé » en distinguant les changements dans la santé qu’ils considèrent comme normaux – car fortement probables à leur âge – de ceux qui ne le sont pas. En conséquence, ils minimisent les atteintes à leur santé qu’ils jugent normales et évaluent, de ce fait, leur propre santé comme bonne même si celle-ci est « objectivement » médiocre (surévaluation). Ainsi, certaines atteintes à la santé – même handicapantes – n’ont qu’une influence mineure sur le bien-être puisqu’en étant perçues comme « normales », elles ne nuisent pas à l’image que les très vieux ont d’eux-mêmes et, étant attendues, ceux-ci s’y préparent davantage.

A cela s’ajoutent les caractéristiques psychologiques (personnalité, sentiment de contrôle,...) et la capacité à utiliser adéquatement les ressources dont ils disposent (comme le soutien familial) pour compenser au fur et à mesure les pertes qu’ils subissent dans le domaine de la santé. On suppose que l’ensemble de ces « logiques » (sélection, surévaluation de la santé et compensation) contribuent à la mise en place et au maintien d’une sorte de mécanisme d’auto-protection, qui favorise l’adaptation des très vieux au processus du vieillissement en contribuant ainsi à la préservation de leur bien-être.

Dans ce processus de réorientation des activités et des liens, qui s’organise dans une tension entre l’éloignement et le maintien au monde, se combine ce qui est de l’ordre du choix et de la contrainte. Les formes du vieillir dépendraient alors de la capacité de chacun à gérer son propre vieillissement…

Déprise

La vieillesse se traduit par des parcours d’accommodation aux transformations qui accompagnent l’avancée en âge. Elles peuvent donner lieu à l’expérience d’un décrochage du « vouloir » et du « pouvoir », qui, loin d’être le synonyme d’une déqualification aussi bien physique que sociale, témoigne d’une « distance » aux choses qui s’aménage.

Le regard que les plus âgés portent sur leur propre avancée en âge nous amène à penser que ce processus s’inscrit plutôt sous le signe de la “déprise” : il en va de réaménagements successifs et plus ou moins réussis de la vie, en fonction des modifications dans les compétences personnelles, de la trajectoire de vie antérieure, des situations interpersonnelles d’aujourd’hui dans un contexte social particulier.

La déprise est un principe d’économie des forces et de réduction des risques, et se « déprendre » ne va pas sans substitutions et sélections d’espaces et d’activités, dominées par le souci de s’épargner et de moins s’exposer. Mais ce processus, de nature anticipatoire, répond aussi et par dessus tout à un souci de préservation de soi en tant que sujet, de sauvegarde des relations essentielles et des espaces dans lesquels on peut être autre chose que "vieux", avoir le sentiment qu’on participe toujours à un collectif apprécié.

Le psychanalyste DANON-BOILEAU oppose la notion de renoncement entendue comme « sacrifice choisi » à celle de résignation comprise comme « soumission à la force majeure ». Pour lui, le renoncement vrai et positif conserve l’intérêt, l’amour, à l’égard de ce à quoi on a renoncé. Par exemple : Je ne peux plus me livrer à la plongée sous-marine, je peux encore musarder avec un masque et un tube ou je peux encore lire un ouvrage sur l’archéologie sous-marine.

Optimisation sélective avec compensation

Le modèle baptisé « Optimisation sélective avec compensation » résume la stratégie qui permet de surmonter ou de mieux maîtriser le vieillissement : la sélection signifie la diminution volontaire ou involontaire du nombre d’objectifs et d’activités de vie (…). L’optimisation décrit l’effort, souvent couronné de succès, de puiser dans ses réserves pour y trouver des moyens d’action et d’amélioration (…). Enfin, la compensation désigne les différentes façons de « gérer les pertes, notamment en utilisant des aides extérieures (appareils auditifs, soins ou techniques de circulation…) ou en développant des stratégies compensatoires alternatives ».

Ainsi, afin de préserver un éventail aussi large et varié que possible d’activités, les personnes âgées procèdent à une sélection. Elles abandonnent les activités qu’elles jugent trop exigeantes et préservent celles qui restent à leur portée. Dans ce processus qui se caractérise par des ruptures et des reprises qui conduisent à des réaménagements de sa vie, des recompositions de son rapport à soi et aux autres, il s’agit de préserver l’essentiel, de lâcher d’un côté pour mieux tenir de l’autre.

De la même manière, diverses négociations se font jour pour accepter et ajuster de nouveaux objets et pour apprivoiser de nouveaux lieux ou initier des modalités de renouvellement d’espaces anciens. Le rapport au monde extérieur se transforme, la mobilité se fait elle aussi sélective.

Les transformations qui affectent les individus les plus âgés dans leurs capacités de divers ordres contribuent à des modifications de leurs réseaux relationnels et à des révisions dans leurs pratiques des espaces de proximité et de l’ensemble des territoires parcourus. Les événements amènent des modifications dans la composition de l’entourage des personnes très âgées et les conduisent à une nouvelle organisation de leurs rythmes et espaces de mobilité.

Face au vieillissement, différentes stratégies de vie sont donc possibles permettant de négocier, de s’adapter, de profiter d’une situation nouvelle. Simone PENNEC, de l’Université de Bretagne Occidentale, a ainsi montré au travers d’une étude menée via des entretiens avec des personnes très âgées, quatre types de positionnement face à la survenue d’un événement marquant l’entrée dans le grand vieillissement, comme par exemple, l’apparition d’une situation de handicap moteur ou la disparition d’un proche. Certes, il peut y avoir le repli sur son domicile et la baisse des relations sociales, mais Simone Pennec montre d’autres perspectives que cette vision traditionnelle des conséquences de la fragilisation de la personne. Il s’agit du maintien du réseau relationnel par la mobilisation des proches (familles ou amis) qui vont être volontaristes pour entourer la personne ; de la recomposition de l’entourage et de la mise en place de stratégies de compensation qui peuvent aller d’une importance croissante donnée à la télévision à la valorisation d’actes relationnels pouvant apparaître comme anodins (rester sur le pas de sa porte pour regarder et échanger avec l’extérieur) ; ou encore d’étendre son réseau social à travers des initiatives qui peuvent aller de l’invitation d’enfants ou de petits-enfants à la reconstitution de liens sociaux par l’inscription dans un cadre associatif ou la remobilisation d’anciens réseaux.

Types de positionnement face à la survenue d’un événement marquant l’entrée dans le grand vieillissement :
- Repli sur le domicile et baisse des relations sociales
- Mobilisation des proches, familles ou amis, pour maintenir le réseau relationnel autour de la personne
- Recomposition de l’entourage et mise en place de stratégies de compensation
- Extension du réseau social, reconstitution de liens sociaux, remobilisation d’anciens réseaux…

Plusieurs stratégies adaptatives qui visent à préserver le plaisir et le bien-être peuvent aussi être mises en évidence chez les personnes très âgées.

Des stratégies domestiques

La vie quotidienne dans la grande vieillesse n’est pas la réalité « plate », sans relief, homogène à laquelle on la réduit trop souvent, et qu’elle ne se résume pas à être la conséquence inéluctable et univoque des « problèmes » de santé rencontrés par le vieillard, mais qu’elle est au contraire une réalité hétérogène, dynamique, traversée par des processus multiples et variés.

Dans le discours de la plupart des personnes très âgées, la qualité de vie liée au « bien vieillir » s’entend généralement comme « bien vieillir chez soi », voire même « bien vieillir et mourir chez soi ».

Si la toute dernière étape de la vie survient désormais de plus en plus rarement au domicile privé, quelles que soient les situations conjugale et familiale, même pour les plus isolés, le domicile demeure le mode d’hébergement dominant et, contrairement aux idées reçues, ce dernier est même plus fréquent aujourd’hui qu’hier.

Beaucoup de personnes âgées parviennent à vieillir dans leur maison. Des études montrent que l’affaiblissement des capacités physiques et la confrontation à des environnements domestiques peu adaptés ne conduisent pour autant pas toujours les personnes à quitter leur maison pour un logement plus adéquat.

En effet, l’augmentation du nombre de places en maisons de repos (et de soins) ne suit pas l’augmentation du nombre de personnes âgées et la proportion des personnes de 75 ans et plus vivant à domicile progresse. De plus, la question des coûts intervient également pour toute une frange de la population.

C’est la manière d’habiter cette maison qui change, qui se modifie avec l’âge. Ainsi, au fur et à mesure des défaillances physiques et/ou des ruptures biographiques, la relation au jardin et à la maison - et les pratiques qui l’incarnent – vont se transformer.

Bien que des politiques fédérales, régionales ou locales soient mise en place pour favoriser l’adaptation du logement aux situations de handicap et de perte de mobilité, les actions spécifiques de prévention pouvant contribuer à vieillir chez soi dans de bonnes conditions, y compris face à la perte d’autonomie, ont, quant à elles, bien du mal à émerger.

Transformation et transition dans le domaine de l’alimentation

L’alimentation est impliquée dans des fonctions sociales qui sont d’autant plus importantes qu’elles deviennent un enjeu majeur lors de l’avancée en âge.

L’émergence de problèmes physiques (difficulté à marcher,...) peut conduire la personne à trouver des astuces, des tactiques pour faire face aux transformations de son quotidien. L’alimentation est une illustration intéressante de ces adaptations. Limitée par des contraintes d’ordre physique, la personne va s’adapter. Elle peut ainsi charger un tiers (enfant, voisin, professionnel) de faire les courses alimentaires qu’elle ne peut plus assurer. On constate alors très souvent que cette délégation transforme les pratiques jusque-là liées à l’alimentation : des changements dans les objets utilisés pour cuisiner (utilisation d’un micro-ondes par exemple) ou par rapport aux produits consommés (remplacement des produits frais par des produits congelés).

Ces transformations consistent en une intégration ou un rejet d’aliments, de façons de cuisiner et de séquences de repas, conduisant soit à diversifier, soit à simplifier les repas. Elles diffèrent selon la profession, le sexe et le type d’incapacités (physiques ou psychiques) de l’individu.

Au-delà des modifications de conduites alimentaires et des aspects matériels, ce sont encore des enjeux identitaires qui se jouent au travers de l’alimentation et ses transformations. En effet, les biens alimentaires, au-delà de la valeur marchande, sont chargés d’une dimension symbolique, émotionnelle, qui renvoie à l’histoire familiale, aux distinctions et différenciations sociales, au terroir ou encore à la santé. A la question classique « qu’est-ce qu’on mange ? », s’ajoutent également les « comment, pourquoi et avec qui on mange ? ».

Le paysage familial change

Déménagements, décès,… les uns grandissent, partent, les autres vieillissent et partent aussi mais définitivement… cela occasionne de multiples et successifs repositionnements chez la personne très âgée. Changements qui engagent des négociations entre l’individu et les autres : partenaires proches ou plus lointains, anciens ou plus récents, choisis ou imposés. Ces transitions imposent des remaniements existentiels qui touchent également à leur identité.

L’allongement de la vie a également des conséquences méconnues comme la multiplication des pertes d’enfants, surtout pour les plus de 90 ans. De même, les abandons de conjoints se sont multipliés et sont très cruellement vécus, surtout dans les nombreux ménages vivant une seconde union inféconde. Enfin, il convient également de rendre compte des brouilles avec un ou plusieurs enfants et des brouilles entre les enfants eux-mêmes : les fratries "avec brouille" ou mésentente sont majoritaires !

Les personnes qui ont perdu un de leurs enfants au cours de leur existence représentent 12% des 60-69 ans, 15% des 70-79, 24% des 80-89 ans et 33% des 90 ans et plus. Mais la part des enfants morts depuis 20 ans passe de 5% pour les moins de 80 ans à 14% pour les 80-89 ans, et 24% pour les plus de 90 ans. À tous les âges, on perd 2 fois plus de garçons que de filles : seuls les nonagénaires et centenaires perdent plus de filles, pour la triste raison qu’ils n’ont plus de fils à perdre…

Garder – reconstruire du lien

Les personnes âgées établissent une hiérarchie parmi leurs réseaux relationnels et, si c’est souvent la famille qui prend le pas sur les amis, ce n’est pas toujours la règle. Françoise CRIBIER et Alexandre KYCH de constater : « Nous avons observé aussi des amitiés précieuses nées au grand âge, et bien des brus abandonnées qui continuaient à servir de fille à leur ex-belle-mère en fin de vie ». Ainsi, la recomposition des liens sociaux (familles, amis, voisins, mais aussi d’autres personnes aidantes : femmes de ménage, jardinier…) a également une incidence sur l’ancrage.

Plusieurs études récentes remettent en cause le postulat selon lequel la vieillesse « heureuse » doit s’inscrire dans le cadre de la solidarité familiale et les représentations selon lesquelles les personnes âgées seraient de plus en plus “isolées" et en mal de soutien familial. Elles soulignent que s’il reste vrai qu’on ne vieillit pas dans les mêmes conditions selon que la famille est présente ou non, c’est surtout selon la place affective et symbolique accordée aux relations familiales et/ou à d’autres types de relations mises en place au cours du vieillissement que l’on vieillit plus ou moins bien…

Ce constat amène à réinterroger le sens de la famille, afin de transposer d’éventuelles adaptations spontanées à d’autres types de solidarités. Le regard porté sur les personnes âgées ne semble pas le même selon qu’elles font partie ou non du cercle familial. Dans le contexte familial, l’âge n’apparaît pas comme le seul critère d’identification des personnes. Cette « manipulation » qui consiste à identifier les individus à travers la seule donnée de l’âge est du reste soulignée par P. Bourdieu (57). Le changement de regard sur les personnes âgées, indispensable à la mise en oeuvre de stratégies opérationnelles efficaces pour lutter contre l’isolement et la solitude, est l’affaire de tous.

Vie affective et sexualité

Malgré le tabou qui demeure autour de la vie affective et sexuelle des personnes âgées, de récents travaux sur la psychanalyse de la vieillesse montrent bien que le développement psychologique se poursuit tout au long de la vie, et ne cesse pas avec le grand âge. Des crises successives jalonnent notre parcours, et selon notre potentiel adaptatif et notre désir de vie, nous amènent, avec l’âge, à renoncer ou à réinvestir différemment.

L’intimité sexuelle suit le même chemin de vie. La sexualité du sujet âgé se construit, tout comme sa vie, autour d’une dynamique entre ruptures et investissements nouveaux. Les facteurs de personnalité, la solidité de l’identité, la capacité d’investissement conservée dans un couple, peuvent permettre de dépasser les crises de vie, les aléas du déficit sensoriel, pour garder intact son potentiel érotique et émotionnel et continuer à partager son territoire intime avec l’autre dans une sexualité revisitée par l’expérience de l’âge.

Pour certains, l’interrogation sur la possibilité de l’amour à un âge avancé a comme réponse l’idée de renoncement, mais en tant que libération pour pouvoir prendre ainsi plaisir à tout ce que le monde peut offrir.

Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC)

Les praticiens du marketing distinguent trois segments de marché parmi les aînés : la tranche des moins de 60 ans, composée de consommateurs actifs et dynamiques ; la tranche des 60-74 ans qui n’ont plus souvent d’activité professionnelle, ni d’enfants à charge, mais qui ont des loisirs, un bon pouvoir d’achat et un bon réseau relationnel ; la tranche des 75-84 ans qualifiés de consommateurs paisibles. Cette typologie ne prend en considération que l’âge et néglige d’autres facteurs très importants dans l’usage des TIC : les ressources financières et cognitives, la situation professionnelle passée, la composition familiale et le degré de mobilité…

Il semble que les aînés apprennent à utiliser les NTIC, et internet en particulier, pour se sentir partie prenante d’une société qui a tendance à les oublier… Le préjugé négatif répandu dans la société concernant leur inaptitude à utiliser les NTIC les a amenés à développer des stratégies de « gestion des stigmates qui permettent de rejeter l’identité dégradée qu’on leur attribue, ou de composer avec celle-ci, pour se concentrer sur une identité qui leur permet de préserver une image positive d’eux-mêmes ».

C’est à ce genre de stratégie que font appel les personnes âgées lorsqu’elles tentent de prendre leurs distances par rapport aux termes « vieux » et « aînés ». Ce rapport de distanciation à la condition de « vieux » est déterminant pour comprendre l’intensité du rapport que certaines personnes âgées ont avec les technologies. Les TIC, parce qu’elles sont « nouvelles », sont considérées d’une manière méliorative et permettent de « se garder jeune ».

Une étude réalisée au Canada au cours des années 2005-2009 met en exergue les valeurs et les connaissances transmises entre les personnes âgées et les jeunes, ainsi que les liens affectifs qui se sont développés avec leur entourage. D’après cette étude, les TIC jouent véritablement un rôle dans la consolidation du tissu familial et social.

Un phénomène nouveau apparaît sur les sites et « chats » de rencontres. Encore en nombre réduit en 1992, les personnes âgées sont de plus en plus présentes sur ces sites. Dans les entretiens réalisés, elles expliquent comment l’adoption de ces formes postmodernes de communication a fondamentalement rompu leurs solitudes et leur a permis de créer de nouveaux liens affectifs et/ou sexuels.

Les personnes de plus de quatre-vingts ans sont encore peu nombreuses à pratiquer l’informatique et à surfer via internet ; toutefois, leur nombre augmente sensiblement au fil des ans. Comme les nouvelles technologies sont très investies par les jeunes seniors, il est prévisible qu’ils en conservent l’usage en vieillissant, ce qui influencera fortement le nombre d’utilisateurs très âgés à court terme…

Transformation des pratiques physiques

Les pouvoirs publics mettent en place des dispositifs de « prise en charge de la dépendance des personnes âgées », ils cherchent à prévenir cette dépendance en encourageant discours et méthodes pour « bien vieillir ». Aussi les personnes âgées sont-elles invitées à développer des modes de vie « actifs » et « stimulants » devant les aider à prévenir maladies et incapacités.

Dans l’arsenal de lutte contre le vieillissement et de conservation d’une santé sans dépendance, les activités physiques et sportives prennent une place grandissante. Globalement, en Belgique et dans les pays d’Europe, le nombre de seniors pratiquant des activités physiques augmente d’année en année.

La conséquence évidente de l’âge et du vieillissement se traduit par une réduction des activités voire un abandon des activités physiques et sportives. Pourtant de plus en plus nombreux, les seniors persistent ou s’engagent dans des activités physiques jusqu’à un âge avancé, remettant en cause le postulat précédent. De plus, les activités physiques et sportives qu’ils pratiquent ne correspondent pas toujours à la norme médicale – ni trop ni trop peu - qui domine massivement dans les programmes nationaux et internationaux du « bien vieillir ».

La question de la pratique d’exercices physiques chez les personnes très âgées touche surtout à la dialectique entre les limitations dans les possibilités de pratique entraînées par l’âge, et le recul d’apparition des limitations fonctionnelles grâce à la pratique d’exercices physiques.

Chez certains, les stratégies visent à alléger l’intensité de la pratique et relèvent d’un principe d’économie des forces : il s’agit le plus souvent de reconversions ou d’adaptations. D’autres, a l’inverse du processus généralement décrit, répondent à l’avance en âge et au vieillissement par une augmentation de la pratique physique mettant en œuvre un principe de surenchère d’efforts, bousculant la norme sociale.

Demeurer partenaire dans le système des échanges

La plupart des personnes très âgées tentent de préserver un statut de donneur dans le système des échanges, en agissant sur le don lui-même et en adoptant ce qu’elles donnent en fonction de leurs possibilités, jusqu’à le réduire à sa dimension symbolique : le petit cadeau qu’on tend au visiteur au moment où celui-ci prend congé.

C’est pourquoi, chez les hommes, le bricolage ou le jardinage sont plus particulièrement prisés. La couture ou le raccommodage ainsi que la cuisine jouent un rôle identique chez les femmes très âgées. Ces activités ne sont pas des occupations, mais des activités productives qui préservent l’utilité sociale de l’individu. Les personnes âgées essaient aussi de préserver leur identité non plus à travers leurs actes mais en mettant en valeur leur parole. Ainsi, d’anciens viticulteurs expliquent que leur expérience du travail de la terre ou de la vigne est encore utile et que leurs conseils servent à leurs proches.

Le travail de la terre est au cœur de l’histoire de vie de M. Aimé. Jardiner est le moyen pour lui de rester l’homme qu’il est. Par le don de fruits et de légumes à ses proches, il restait en position de donateur et échappait à l’identité du « vieux à la merci de tout le monde ». Cependant lorsque son corps ne lui a plus permis de continuer cette activité, son identité a semblé s’effondrer en même temps que le sens qu’il donnait à son existence. « Aujourd’hui, je ne peux même plus mettre mon motoculteur en marche. Lorsqu’on devient vieux, on est inutile. Ça ne me ferait rien de mourir maintenant. »

Préserver son identité : différent pour les femmes et pour les hommes

L’identité des femmes très âgées ne se fonde pas dans le métier mais plutôt dans l’accompagnement des proches. Ainsi, leur identité paraît beaucoup plus malléable que celle des hommes. Bien qu’elles ne soient plus vraiment aidantes pour leurs proches, elles continuent d’être présentes et cela suffit à leur préserver leur identité de pivot affectif de la famille. Evidemment, l’identité d’une femme très âgée vacille lorsqu’elle ne peut plus assurer la préparation des repas de famille alors qu’elle était reconnue pour être un cordon bleu. Néanmoins, ce renoncement est moins brutal que celui des hommes. Plus tournées vers l’intérieur du foyer, les femmes sont moins affectées par la réduction de leur espace de vie et le repli sur le domicile. Elles continuent à évoluer au sein d’une sphère qu’elles maîtrisent. Les femmes de cette génération n’ont jamais été détentrices d’autorité. Elles expliquent avoir été soumises à l’autorité de leur père puis de leur mari. Alors qu’elles ont passé leur vie au chevet de leurs proches, frères et sœurs, enfants, mari, parents âgés, elles se retrouvent aujourd’hui seules et en quelque sorte « soulagées » de ce rôle d’aidant. Cela est en partie déstabilisant mais beaucoup parviennent à retrouver un équilibre. Elles s’accordent à dire que l’essentiel pour elles, aujourd’hui, est de ne pas être un fardeau pour leurs enfants, mais une fois qu’elles sont convaincues que ce n’est pas le cas, elles parviennent à trouver une forme d’apaisement.

Maintenir et prolonger la qualité de vie des personnes très âgées : un enjeu collectif de taille

Comme nous l’avons vu, la qualité du vieillir est elle-même dépendante des conditions par lesquelles les plus âgés parviennent ou non à se ménager tout en sauvegardant l’identité qu’ils se sont forgée au long de leur existence, à préserver leur rôle d’acteur, notamment dans la négociation de leur vieillir avec l’entourage et dans la mobilisation des ressources disponibles.

La préservation de leur identité reste intrinsèquement liée à la capacité de faire des choses, au prolongement de la période d’indépendance et au ralentissement du processus de fragilisation évoqués ci-avant.

Le sens, les significations qui orientent le comportement des personnes âgées et leurs manières de faire face au changement, les compétences qu’elles développent pour mettre en œuvre leurs ressources intérieures et pour activer un certain nombre de mesures compensatoires influenceraient donc qualitativement ce parcours…

L’ensemble de ces « tactiques » mises en places pour pallier ce qui ne peut plus être accompli et pour maintenir l’essentiel constituent pour les personnes très âgées autant « d’arts de faire » pour recomposer leur rapport à elles-mêmes et aux autres, selon des temporalités et des transitions propres aux parcours de fin de vie.

Dans cette optique, l’approche développementaliste proposée par Baltes et Baltes selon laquelle le véritable enjeu n’est pas de récuser le vieillissement mais d’y faire face, de l’affronter et, tant que faire se peut, de le négocier, se trouve ici confortée. Bien vieillir peut donc s’envisager comme un ensemble de processus dont le timing, le rythme, les modalités et conséquences pour les individus et leur qualité de vie seraient différenciés en fonction de chacun.

« La façon de terminer un parcours de vie en vieillissant tient aussi à la valeur que les autres veulent bien nous accorder. » Serge CLEMENT

La place de l’individu est centrale, c’est évident. Pour autant, s’accommoder, résister, dissimuler ou gérer son vieillissement n’est pas un exercice solitaire et réflexif, se déployant à distance du social.

Il est clairement établi qu’au-delà des stratégies compensatoires individuelles mises en place par les personnes très âgées elles-mêmes, un enjeu collectif de taille se joue dans l’interaction existant entre elles et leur environnement. La qualité de cette dernière permet d’assurer une meilleure adaptation au grand-âge : adaptation davantage centrée sur les ressources encore disponibles et accessibles plutôt que sur les déficits.

Si la mise en place de ces stratégies est tributaire des capacités individuelles de chaque personne, il n’en est pas moins vrai qu’une réflexion collective sur les possibles actions à mener dans le cadre de ces stratégies et compensations reste pertinente pour améliorer la qualité de vie des personnes très âgées.

Il convient donc d’être particulièrement attentif aux configurations relationnelles dans lesquelles les expériences du vieillissement se vivent ainsi qu’à la manière dont les aides institutionnelles, financières, techniques, humaines sont mobilisées.

Les institutions fédérales, régionales et locales ont un rôle majeur à jouer à travers les différentes politiques qu’elles mettent en place. De même, les nombreuses initiatives, mêlant souvent actions publiques et privées, doivent être soutenues et promotionnées car elles démontrent qu’il est possible d’agir très concrètement dans ce domaine.

Enfin, le partage d’expériences mérite d’être encouragé pour faciliter l’expression des personnes concernées ainsi que la diffusion de leurs aspirations et souhaits. Les politiques à élaborer pour être pertinentes et efficaces doivent prendre en compte leurs besoins et leurs attentes …

Conclusion générales

Dans l’approche qualitative du vieillir des personnes très âgées, différents niveaux doivent être pris en compte :

Le déploiement du processus social d’individualisation et ses effets sur les désignations et les expériences du vieillissement (mobilisation des expériences personnelles et sensorielles des individus au détriment de scansions plus sociales du vieillissement – changement des rôles familiaux et professionnels par exemple, transformation des modes de mises en sens de l’avancée en âge…) est primordial.

Les registres de pratiques mobilisés (travail sur soi, redéfinition identitaire, adoption de stratégie de restriction de son confort de vie pour éviter d’avoir recours à des aidants) sont multiples et se traduisent dans des domaines de nature différente.

Le type de ressorts utilisés se veut davantage collectif (aménagements techniques, développement de nouvelles formes de solidarité et de communication, recours à des aidants et nature des aidants choisis par la personne).

En termes politiques, penser le vieillir c’est introduire de la dissonance dans les normes économiques dominantes, c’est accorder au temps qui passe et aux individus qui l’incarnent une valeur refoulée par les impératifs de productivité et de performance, c’est repenser les formes d’organisation de la société.

Autant de leviers sur lesquels des actions doivent se greffer pour maintenir, améliorer et garantir dans le temps la qualité de vie des dernières années de nos aînés.

Références

CRIBIER F. et KYCH A., « L’allongement de la vie, une observation longitudinale d’une cohorte de retraités : parcours de fins de vie, recours aux hébergements et expériences du vieillir » - Centre Maurice Halbwachs, EHESS Paris - 2003

BALARD Frédéric, « Préserver son identité au grand âge pour bien vieillir : entre résistances et déprises »

PENNEC Simone, Université de Bretagne Occidentale, France

La fragilité du sujet âgé : actualité – perspectives par Moustapha DRAMÉ, Nicolas JOVENIN, Joël ANKRI, Dominique SOMME, Jean-Luc NOVELLA, Jean-Bernard GAUVAIN, Vincent BIGE, Alain COLVEZ, Pascal COUTURIER, Damien HEITZ, Thierry VOISIN, Benoît DE WAZIÈRES, Regis GONTHIER, Claude JEANDEL, Damien JOLLY, Oliver SAINT-JEAN et François BLANCHARD | Fondation Nationale de Gérontologie |

Gérontologie et société 2004/2 - Volume 109 ISSN 0151-0193 | pages 31 à 45

LALIVE D’ÉPINAY C., SPINI D., Les années fragiles : la vie au-delà de quatre-vingts ans

Publié le mercredi 24 mars 2010 par UCP

UCP, mouvement social des aînés